mercredi 3 octobre 2007

Partie 2 - Notinutile

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Traduction du chapitre 16:
la parole est à l’accusé (intégrale de la déposition de l’accusé devant la cour)



Je ne les ai pas tué. Cela devrait être ma seule réponse mais puisque vous m’en donnez le temps je m’en vais vous détailler ce qui s’est véritablement passé le soir du massacre. Je suis une plante... Votre monde était beau et vous l’avez transformé en un gigantesque dépotoir dans lequel vous êtes les ordures. Si je me permets ce jugement c’est que je ne suis pas un homme et que jamais je n’en deviendrai un. Vous êtes le résidu de la création, le vomi originel. Un peuple qui vit par et pour la destruction. Le primate de l’extermination. Et aujourd’hui c’est moi la cible. Je suis enchanté d’être ici debout devant vous. Votre écoute attentive me touche sincèrement. Il faut punir alors châtié moi. Face à de telles atrocités, levez les yeux regardez moi et montrez vous inflexible. La condamnation, ma peine, doit satisfaire votre appétit de vengeance. Car moi elle ne me touchera pas. Vous pouvez m’emprisonner dans le plus sordide de vos cachot ou bien m’abattre froidement d’une balle dans la tête cela n’y fera rien. Votre justice ne saurait m’atteindre. Non que je sois invincible mais elle est une justice d’homme édictée par des hommes pour condamner d’autres hommes. Je ne suis pas un homme elle ne peut donc rien contre moi. Vous m’avez conduit ici pour répondre d’un double meurtre. C’est dire la médiocrité de votre espèce. Car des cadavres il y en avait quatre. Et si vous les avez dénombré, chose que j’ignore, alors vous n’avez pas jugé bon de leur faire justice. Moi je les ai vu. Oui il y avait bien deux hommes mais étendus à leur côtés reposaient Renifl’Or, vieux chien policier et Nouille la grenouille. Et ils étaient morts archi-morts. Je sais vous allez me dire que votre justice est imparfaite que punir les crimes humains est déjà une lourde tâche et que vous ne pouvez vous occuper des espèces inférieures. Le chien est votre meilleur ami jusqu’à ce qu’il crève. Et puis c’est vrai, vous avez raison, s’il vous fallait condamner à chaque fois qu’un animal décède alors vos abattoirs seraient de véritable camps de la mort et les directeurs de ces usines des tortionnaires coupables des pires crimes contre l’animalité. Non ce qu’il faudrait c’est un soulèvement des « espèces inférieures ». Vous seriez jugé devant un parterre d’animaux et rapidement la planète serait débarrassée de votre présence encombrante. Mais je m’éloigne du sujet excusez moi. Il y avait donc quatre morts dans la maison de mon amie Carol-Anne. Le but de notre visite était de rencontrer son père. Moi je ne devais lui restituer son fauteuil que j’avais précédemment emprunté tandis que nos trois compagnons d’infortune M. Mac Humclyneure, Renifl’Or et Nouille la grenouille entendaient lui soutirer des explications sur le sort que la vie leur avait réservé. Ces trois là je ne les ai pas tués, pas plus que le Dieu le père d’ailleurs. Mais eux ne méritaient pas la vie. Leur mort est un bienfait et si personne ne s’en était chargé alors la tâche m’aurait probablement incombée. Des pleutres, voilà ce qu’ils étaient réellement. Lorsque Carol-Anne leur annonça que son père allait solutionner la misère de leurs vies, tous les trois exprimèrent une vive satisfaction. Ils espéraient qu’un miracle les attende dans le salon d’un vieux monsieur impotent. Quelle bande d’idiots ! Mac Humclyneure par exemple, son sentimentalisme exacerbé envers les objets les plus usuels frisait la débilité profonde. Il avait si peur de froisser ou son sac de voyage ou son aspirateur qu’il en venait à vivre pour eux. Putain mais.... Mais cela il ne le comprenait pas. Et il pensait que Dieu allait le sauver. Pauvre de lui il était possédé par ses propres biens. Sa mort, il devait l’attendre depuis longtemps. Renifl’Or fut le second à se joindre à notre troupe. Il s’apitoyait sans arrêt sur son sort. Son nez était au cœur de son discours. Ancien chien renifleur de la police il avait été démit de ses fonctions en raison d’un penchant trop prononcé pour la came. Il disparut, abandonnant femme et enfants pour se réfugier dans son paradis artificiel. Plutôt que d’assumer sa dépendance et de relever la tête, Renifl’Or fit le choix honteux de la facilité. Sa famille lui manquait terriblement mais il n’osait se l’avouer. De quel secours pouvait lui être le père de mon amie ? Celui qui n’est pas à même de se prendre en main est seul fautif. Sa mort était latente. Enfin il y avait Nouille la grenouille qui elle n’aurait jamais du naître. Toute sa vie à rejeter sa propre nature. Elle combattait ce qu’elle était. Une lutte perdue d’avance. Si l’idée du suicide avait pu lui traverser l’esprit dès son plus jeune âge cela eut solutionné radicalement ses problèmes. Qu’espérait-elle ? se transformer en beau jeune prince ? C’est bête, Nouille, mais nous ne sommes pas dans un conte pour enfants. Les grenouilles restent grenouilles. Ta mort fut ta récompense. Aucun de ces trois êtres n’avait de plaintes valables pourtant tous les trois passaient leur temps à pleurnicher. Lorsque Carol-Anne gagna l’étage notre discussion dans le salon s’envenima aussitôt. C’est le vieux qui mit le feu aux poudres. Il venait de promettre à la petite de nous écouter et là il nous virait comme des malpropres. Il nous figea du regard moi et Mac Humclyneure et entonna un sermon « Écoutez les gars je sais pas ce que vous avez fait à ma fille et j’aime mieux pas le savoir. Car si j’apprends que vous lui avez fait du mal alors je vous sors les tripes à la petite cuiller et les donne à bouffer à votre clébard. Maintenant dégagez de ma maison au pas de course.» La dessus c’est Mac Humclyneure qui monta d’un cran. « Alors toi tu vas d’abord nous écouter. On viens de marcher toute la journée pour te parler alors crois pas que tu vas te défiler sans nous avoir entendu. » Je ne me souviens plus des paroles exactes employées mais en résumé Mac Humclyneure récita le dialogue qu’il avait préparé tout au long de la journée. Ça ressemblait à cela « Merde alors, t’étais vraiment obligé de boucler la Création en sept jours. C’est n’importe quoi. Regarde le bordel que c’est maintenant, faut t’appliquer quand tu entreprends quelque chose de cet ampleur Mon Dieu. T’es pas là pour compter tes heures. T’es Dieu ou t’es pas Dieu à la fin. Parce que maintenant c’est nous qui récoltons les merdes que t’as laissé traîner. Et chaque jour nous apporte son lot de galères supplémentaires. C’est clair tu l’as vite torché ton monde mais pour le service après vente t’es royalement à la masse un bon dernier de la classe ! ». Ne comprenant rien de ce qui se déroulait chez lui, le père de Carol-Anne approcha de Mac Humclyneure et voulut lui foutre une trempe. Soit il surestimait ses forces soit il espérait que Mac Humclyneure n’oserait pas s’en prendre à un handicapé. Mais Mac Humclyneure n’en avait rien à cirer de taper un infirme. Alors il se bagarrèrent jusqu’à ce que la mort les emporte tous les deux. Le vieux se retrouva balancé de son fauteuil et s’en alla rouler par terre. Ils n’étaient pas de grands combattants mais tous deux étaient vicieux et les coups bas étaient légions. Les dents mordirent les chairs et les sangs se mélangèrent. Et... cela éveilla l’instinct meurtrier des rongeurs qui peuplaient le sous-sol. Alors que les deux hommes jetaient leurs ultimes forces dans l’âpre combat les rats pénétrèrent le salon. Combien étaient-ils ? Impossible à chiffrer précisément tant l’invasion était grande. Des centaines de rats infiltrèrent la maison. Je grimpai sur le fauteuil abandonné pour me protéger. Et si je trouvai endroit où me réfugier ce ne fut pas le cas de Renifl’Or, qui ne les avait pas sentis venir, et de Nouille la grenouille. Les rats grimpèrent sur les corps incapables de se défendre et y dévorèrent la viande. Nouille la grenouille déjà affaiblie par la perte de ses cuisses ne résista pas longtemps et mourut dans l’horreur. En revanche l’agonie de Renifl’Or fut longue et atroce. Ses pleurs, je les entends encore. Ses yeux qui imploraient mon aide tandis que je restais statufié sur mon fauteuil. Quand Carol-Anne surgit dans la pièce les rats s’affolèrent et sans finir leurs repas s’enfuir. C’était pas joli pour les yeux de la petite. Du sang partout, des corps mutilés. Elle même échappa de peu aux foudres de la méchante femme. Mais la suite je suppose que vous la connaissez. Sur ce, faîtes votre boulot mais comme je vous l’ai déjà annoncé vous n’avez pas d’emprise sur moi. Je me nomme Fimevissipi, c’est le nom que m’a donné mon amie Carol-Anne. Et je suis libre.





... pas de suite mercredi prochain

merci à ceux qui se sont usés les yeux depuis février.












mercredi 26 septembre 2007

Partie 2 - Chapitre 17 - Epilogue

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Le soleil s’est levé de bonne heure ce matin. Moi aussi. Il est rouge et chargé de colère... et je le suis aussi. J’ai entendu dire qu’il ne faut jamais le fixer des yeux, cela pourrait les abîmer. Je ne peux me résoudre aux regards fuyants. Moi, je ressens le besoin de contempler assidûment ceux que j’aime. Et depuis que j’ai quitté en douce le centre hospitalier, le soleil, est le seul à me réchauffer le cœur. J’ai à faire aujourd’hui. Je vais rendre visite à mon protégé... enfin à celui que j'aurais aimé protéger. C’est bizarre, mais depuis que Dieu est mort rien n’a changé. Souvent j’avais imaginé que sa disparition engendrerait un chaos monstre sur cette planète. Et ben il n’en est rien. C’est à croire que Dieu ne servait plus. Il était tel un vieux jean délavé conservé avec une fausse nostalgie au fond d'une armoire. Ou alors, tout le monde s’en contrefichait. De Dieu... pas du jean. C’est vrai, sa mort n’est pas passée inaperçue puisque la télé a diffusé le procès de Fimevissipi. Pour autant, mon Père y a été montré comme un simple artisan en invalidité. Dans sa nécrologie concoctée par les pseudo-journalistes de la chaîne aucune allusion à son passé glorieux. Je sais qu’il ne faut jamais croire ce qui sort du petit écran, mais là j’en ai l’éclatante confirmation. La défense de Fimevissipi devant le tribunal n’était pas suffisante. Son discours est resté inaudible pour l’entière population. En l'absence de traducteur son plaidoyer fut perçu comme un gigantesque foutage de gueule. Certains considérèrent ses paroles comme celles d’un fou, d’autres comme une tentative de manipulation. Mais peu importe... la conclusion fut identique. Coupable fut le verdict, la mort la sanction. Ainsi le public s’était déchaîné. En masse il avait répondu présent et avec jouissance avait exercé son nouveau pouvoir, celui de vie ou de mort sur autrui. La chaîne organisa un tirage au sort parmi tous ceux qui avaient adressé le sms "à mort". Sous contrôle d'huissier il va de soit. Un homme courtaud au regard bovin arracha le gros lot. En larmes face aux caméras il raconta en ravalant sa morve son bonheur d'avoir gagné un magnifique appareil moderne de valeur dont il ignorait le nom et l'intérêt mais qui rendrait fou de rage ses voisins. Il ajouta que dès le départ il avait trouvé la réponse. C'tait facile l'aut' derrière la barre précisa-t-il c'était forcément lui le coupable car un gars qui jacte comme un forain c'est forcément un enculé et un enculé ben ça bosse pas alors ça n'a qu'ça à fout' que d'aller faire la peau à d'honnêtes Français. Le jeu fut une réussite. L’opération s’était avérée très juteuse pour la chaîne et la cagnotte débordait. J'entendis quelqu'un dire "Ils vont pouvoir se branler dans d'la soie". Je ne comprenais pas bien le sens de cette phrase mais je la répétais quand même. Dans les hautes sphères de la direction l’on étudiait déjà d’autres crimes susceptibles de combler les actionnaires. Un violeur présumé au regard vicelard était déjà sur les tablettes pour remplir la case du prime-time du samedi soir mais le directeur artistique de l'émission jugea le sms "à émasculer" trop complexe pour la majorité des téléspectateurs. Il soupira en regrettant que certains mots comportent plus d'une syllabe puis il organisa coup sur coup deux réunions de crise à l'issue desquelles il fut arrêté que pour l'émission du violeur le sms retenu serait "à castrer" mot bien plus intelligible pour le commun des téléspectateurs.



Mais revenons à Fimevissipi. En deuxième semaine les téléspectateurs devaient se prononcer sur la méthode d’exécution. Une nouvelle fois l’audience fut au rendez-vous. Ils l’ont enterré. Vivant. Ils l’ont enterré vivant. Enfin le terme n’est pas très adéquat. Plus précisément ils ont coulé son corps dans le béton mais n’ont pas enseveli sa tête. Alors comme au commencement seule sa tête est à la surface. Ainsi Fimevissipi ne peut s’étouffer. On dirait un champignon. C’est la faim qui doit le conduire vers sa fin. Un mois déjà et il refuse toujours de se faner. Les premiers jours les caméras diffusaient son agonie ou par flash quotidiens ou en permanence sur une chaîne dédiée du câble. Les paris allaient bon train. Combien de jours allait-il tenir? Tout le monde y allait de son pronostic, les experts en tous genres débattaient sur les plateaux télé. Et puis petit à petit le public s’est lassé. Le condamné ne jouait pas le jeu. Les prévisions les plus optimistes accordaient à Fimevissipi une survie de dix jours et nous en étions à plus de trente. Sûr l'émission était en perte de vitesse. Le coupable ne mourrait pas, les gens zappaient, tout cela maquait de piment. On invita de jolies filles. On leur demanda simplement de venir sans leurs vêtements. Lors du casting on regarda leurs seins et leurs fesses. Si tout tournait dans le bon sens on les félicitait. Un soir, sous de puissants jeux de lumières elles dansèrent autour de Fimevissipi avec ce qu'il faut de tissu mais pas plus. Elles le firent sans conviction et sur un béton froid. Rideau. Alors les caméras furent démontées et on laissa Fimevissipi dans son trou et dans l’anonymat le plus total. Carrière éphémère d'une star du petit écran. Moi, j'ai écouté sa défense face au tribunal et je sais qu'il n'y avait ni mensonge ni omission. Je suis heureuse de le revoir, lui qui me manque tellement. Il n’y a rien autour de lui. Une grande étendue de béton et sa tête perdue au milieu. Je m’assois face à lui. Ses yeux sont clos et au son de ma voix il peine à soulever ses paupières. Il est si affaibli.


  • Bonjour Fimevissipi, c’est moi Carol-Anne


Avec grande difficulté il me donne son sourire. Je porte à sa bouche l’eau que je lui ai amenée. Il avale laborieusement. Après quelques minutes il articule quelques phrases. Je les entends à demi-mot mais en comprend le sens. Ses racines ont repoussé et sont allées fendre le béton. Il ne peut quitter ce monde, il n'y arrive pas. La terre le nourrit et le maintient en vie, pire il s'endurcit. Fimevissipi est une plante et avec lui en terre c'est la nature qui reprend ses droits. Une larme trace son chemin sur son visage.


  • Vyi nuo.


Je lève les yeux vers le ciel. La journée se voulait belle. Mais le soleil est vraiment trop en colère. En désespoir, je grogne.





- Fin -



... to be conclued on next wednesday


mardi 18 septembre 2007

Partie 2 - Chapitre 16 - Me qesumi itv e m’eddyti (opvihsemi fi me fiqutovoup fi m’eddyti fiwepv me duys)

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Ki pi mit eo qet vyi. Dije fiwseov ivsi ne tiymi siqupti neot qyotryi wuyt n’ip fuppib mi vinqt ki n’ip weot wuyt fiveommis di ryo t’itv wisovecminipv qetti mi tuos fy nettedsi. Ki tyot ypi qmepvi... Wuvsi nupfi iveov ciey iv wuyt m’ewib vseptgusni ip yp hohepvitryi fiquvuos fept miryim wuyt ivit mit usfysit. To ki ni qisnivt di kyhinipv d’itv ryi ki pi tyot qet yp junni iv ryi keneot ki p’ip fiwoipfseo yp. Wuyt ivit mi sitofy fi me dsievoup, mi wuno usohopim. Yp qiyqmi ryo wov qes iv quys me fitvsydvoup. Mi qsonevi fi m’izvisnopevoup. Iv eykuysf’jyo d’itv nuo me docmi. Ki tyot ipdjepvi f’ivsi odo ficuyv fiwepv wuyt. Wuvsi iduyvi evvipvowi ni vuydji topdisinipv. Om geyv qypos emust djevoi nuo. gedi e fi vimmit evsudovit, miwib mit aiyz sihesfib nuo iv nupvsib wuyt opgmizocmi. Me dupfenpevoup, ne qiopi, fuov tevotgeosi wuvsi eqqivov fi wiphiepdi. Des nuo immi pi ni vuydjise qet. Wuyt quywib n’inqsotuppis fept mi qmyt tusfofi fi wut dedjuv uy coip n’eccevvsi gsuofinipv f’ypi cemmi fept me vivi dime p’a gise soip. Wuvsi kytvodi pi teyseov n’evviopfsi. Pup ryi ki tuot opwopdocmi neot immi itv ypi kytvodi f’junni ifodvii qes fit junnit quys dupfenpis f’eyvsit junnit. Ki pi tyot qet yp junni immi pi qiyv fupd soip dupvsi nuo. Wuyt n’ewib dupfyov odo quys siqupfsi f’yp fuycmi niysvsi. D’itv fosi me nifoudsovi fi wuvsi itqidi. Des dit defewsit om a ip eweov ryevsi. Iv to wuyt jit ewib fipuncsi, djuti ryi k’ohpusi, emust wuyt p’ewib qet kyhi cup fi miys geosi kytvodi. Nuo ki mit eo wy. Uyo em a eweov coip fiyz junnit neot ivipfyt e miys duvit siquteoipv Renifl’Or, woiyz djoip qumodois iv Nouille la grenouille. Iv omt iveoipv nusvt esdje-nusvt. Ki teot wuyt emmib ni fosi ryi wuvsi kytvodi itv onqesgeovi ryi qypos mit dsonit jyneopt itv fike ypi muysfi vedii iv ryi wuyt pi quywib wuyt uddyqis fit itqidit opgisoiysit. Mi djoip itv wuvsi niommiys eno kytry’e di ry’om dsiwi. Iv qyot d’itv wseo, wuyt ewib seotup, t’om wuyt gemmeov dupfenpis e djeryi guot ry’yp eponem fidifi emust wut ecevvuost tiseoipv fi wisowecmi denqt fi me nusv iv mit fosidviyst fi dit ytopit fit vusvouppeosit duyqecmit fit qosit dsonit dupvsi m’epopemovi. Pup di ry’om geyfseov d’itv yp tuymiwinipv fit « itqidit opgisoiysit ». Wuyt tisoib kyhi fiwepv yp qesvissi f’eponeyz iv seqofinipv me qmepivi tiseov ficessettii ci wuvsi qsitipdi ipduncsepsi. Neot ki n’imuohpi fy tykis izdytib nuo. Om a eweov fupd ryevsi nusvt fept me neotup fi nup enoi Carol-Anne. Mi cyv fi puvsi wotovi iveov fi sipdupvsis tup risi. Nuo ki pi fiweot myo sitvovyis tup geyviyom ryi k’eweot qsidifinnipv inqsypvi vepfot ryi put vsuot dunqehpupt f’opgusvypi N. Mac Humclyneure, Renifl’Or iv Nouille la grenouille ipvipfeoipv myo Tuyvosis fit izqmodevoupt tys mi tusv ryi me woi miys eweov sitiswi. Dit vsuot me ki pi mit qet vyit, qet qmyt ryi mi Dieu mi qisi f’eommiyst. Neot iyz pi nisoveoipv qet me woi. Miys nusv itv yp coipgeov iv to qisuppi pi t’ip iveov djeshi emust me vedji n’eyseov qsucecminipv opduncii. Fit qmiyvsit, wuome di ry’omt iveoipv siimminipv. Mustryi Carol Anne miys eppupde ryi tup qisi emmeov tumyvouppi me notisi fi miyst woit, vuyt mit vsuot izqsonisipv ypi wowi tevotgedvoup. Omt itqiseoipv ry’yp nosedmi mit evvipfi fept mi temup f’yp woiyz nuptoiys onquvipv. Ryimmi cepfi f’ofouvt ! Mac Humclyneure qes izinqmi, tup tipvonipvemotni izedisci ipwist mit uckivt mit qmyt ytyimt gsoteov me ficomovi qsugupfi. Om eweov to qiys fi gsuottis uy tup ted fi wuaehi uy tup etqoseviys ry’om ip wipeov e wowsi quys iyz. Qyveop neot... Neot dime om pi dunqsipeov qet. Iv om qipteov ryi Dieu emmeov mi teywis. Qeywsi fi myo om iveov quttifi qes tit qsuqsit coipt. Te nusv, om fiweov m’evvipfsi fiqyot muphvinqt. Renifl’Or gyv mi tidupf e ti kuopfsi e puvsi vsuyqi. Om t’eqovuaeov tept essiv tys tup tusv. Tup pib iveov ey duiys fi tup fotduyst. Epdoip djoip sipogmiys fi me qumodi om eweov ivi finov fi tit gupdvoupt ip qeotup f’yp qipdjepv vsuq qsupupdi quys me deni. Om fotqesyv, ecepfuppepv ginni iv ipgepvt quys ti sigyhois fept tup qesefot esvogodoim. Qmyvuv ryi f’ettynis te fiqipfepdi iv fi simiwis me vivi, Renifl’Or gov mi djuoz jupviyz fi me gedomovi. Te genommi myo nepryeov vissocminipv neot om p’uteov ti m’ewuyis. Fi ryim tiduyst quyweov myo ivsi mi qisi fi nup enoi ? dimyo ryo p’itv qet e nini fi ti qsipfsi ip neop itv tiym geyvog. Te nusv iveov mevipvi. Ipgop om a eweov Nouille la grenouille ryo immi p’eyseov keneot fy peovsi. Vuyvi te woi e sikivis te qsuqsi pevysi. Immi duncevveov di ry’immi iveov. Ypi myvvi qisfyi f’ewepdi. To m’ofii fy tyodofi eweov qy myo vsewistis m’itqsov fit tup qmyt kiypi ehi dime iyv tumyvouppis sefodeminipv tit qsucminit. Ry’itqiseov- immi ? ti vseptgusnis ip ciey kiypi qsopdi ? d’itv civi, Nouille, neot puyt pi tunnit qet fept yp dupvi quys ipgepvt. Mit Hsipuyommit sitvipv hsipuyommit. Ve nusv gyv ve sidunqipti. Eydyp fi dit vsuot ivsit p’eweov fi qmeopvit wemecmit quysvipv vuyt mit qsuot qetteoipv miys vinqt e qmiyspodjis. Mustryi Carol Anne hehpe m’ivehi puvsi fotdyttoup fept mi temup t’ipwipone eyttovuv. D’itv mi woiyz ryo nov mi giy eyz quyfsit. Om wipeov fi qsunivvsi e me qivovi fi puyt iduyvis iv me om puyt woseov dunni fit nemqsuqsit. Om puyt gohie fy sihesf nuo iv Mac Humclyneure iv ipvuppe yp tisnup « Iduyvib mit hest ki teot qet di ryi wuyt ewib geov e ne gommi iv k’eoni noiyz qet mi tewuos. Des to k’eqqsipft ryi wuyt myo ewib geov fy nem emust ki wuyt tust mit vsoqit e me qivovi dyommis iv mit fuppi e cuyggis e wuvsi dmicesf. Neopvipepv fihehib fi ne neotup ey qet fi Duysti. » Me fittyt d’itv Mac Humclyneure ryo nupve f’yp dsep. « Emust vuo vy wet f’ecusf puyt iduyvis. Up woipt fi nesdjis vuyvi me kuyspii quys vi qesmis emust dsuot qet ryi vy wet vi figomis tept puyt ewuos ipvipfy. » ki pi ni tuywoipt qmyt fit qesumit izedvit inqmuaiit neot ip sityni Mac Humclyneure sidove mi foemuhyi ry’om eweov qsiqesi vuyv ey muph fi me kuyspii. De sittincmeov e dime « Nisfi emust, v’iveot wseonipv ucmohi fi cutdmis me Dsievoup ip tiqv kuyst. D’itv p’onqusvi ryuo. Sihesfi mi cusfim ryi d’itv neopvipepv, geyv v’eqqmoryis ryepf vy ipvsiqsipft ryimryi djuti fi div enqmiys Nup Foiy. V’it qet me quys dunqvis vit jiysit. V’it Foiy uy v’it qet Foiy e me gop. Qesdi ryi neopvipepv d’itv puyt ryo sidumvupt mit nisfit ryi v’et meotti vseopis. Iv djeryi kuys puyt eqqusvi tup muv fi hemisit tyqqminipveosit. D’itv dmeos vy m’et wovi vusdji vup nupfi neot quys mi tiswodi eqsit wipvi v’it suaeminipv e mi netti yp cup fispois fi me dmetti ! ». Pi dunqsipepv soip fi di ryo ti fisuymeov djib myo, mi qisi fi Carol Anne eqqsudje fi Mac Humclyneure iv wuymyv myo guyvsi ypi vsinqi. Tuov om tysitvoniov tit gusdit tuov om itqiseov ryi Mac Humclyneur p’utiseov qet t’ip qsipfsi e yp jepfodeqi. Neot Mac Humclyneur p’ip eweov soip e dosis fi veqis yp opgosni. Emust om ti cehessisipv kytry’e di ryi me nusv mit inqusvi vuyt mit fiyz. Mi woiyz ti qivsuywe cemepdi fi tup geyviyom iv t’ip emme suymis qes vissi. Omt p’iveoipv qet fi hsepft duncevvepvt neot vuyt fiyz iveoipv wodoiyz iv mit duyqt cet iveoipv mihoupt. Mit fipvt nusfosipv mit djeost iv mit tepht ti nimephisipv. Iv... dime iwiomme m’optvopdv niysvsois fit suphiyst ryo qiyqmeoipv mi tuyt-tum. Emust ryi mit fiyz junnit kiveoipv miyst Ymvonit gusdit fept m’eqsi duncev mit sevt qipivsisipv mi temup. Duncoip iveoipv-omt ? Onquttocmi e djoggsis qsidotinipv vepv m’opwetoup iveov hsepfi. Fit dipveopit fi sevt opgomvsisipv me neotup. Ki hsonqeo tyz mi geyviyom ecepfuppi quys ni qsuvihis. Iv to ki vsuyweo ipfsuov uy ni sigyhois di pi gyv qet mi det fi Renifl’Or, ryo pi mit eweov qet tipvot wipos, iv fi Nouille la grenouille. Mit sevt hsonqisipv tys mit dusqt opdeqecmit fi ti figipfsi iv a fiwusisipv me woepfi. Nouille la grenouille fike eggeocmoi qes me qisvi fi tit dyottit pi sitotve qet muphvinqt iv nuysyv fept m’jussiys. Ip siwepdji m’ehupoi fi Renifl’Or gyv muphyi iv evsudi. Tit qmiyst, ki mit ipvipft ipdusi. Tit aiyz ryo onqmuseoipv nup eofi vepfot ryi ki sitveot tvevygoi tys nup geyviyom. Ryepf Carol Anne tyshov fept me qoidi mit sevt t’eggumisipv iv tept gopos miyst siqet t’ipgyos. D’iveov qet kumo quys mis aiyz fi me qivovi. Fy teph qesvuyv, fit dusqt nyvomit. Immi nini idjeqqe fi qiy eyz guyfsit fi me nidjepvi ginni. Neot me tyovi ki tyqquti ryi wuyt me duppeottib. Tys di, geovit wuvsi cuymuv neot dunni ki wuyt m’eo fike eppupdi wuyt p’ewib qet f’inqsoti tys nuo. Ki ni punni Fimevissipi, d’itv mi pun ryi n’e fuppi nup enoi Carol Anne. Iv ki tyot mocsi.




..... vu ci dupvopyif

me tyovi tise ip mohpe nisdsifo 26 tiqvincsi.

mardi 11 septembre 2007

Partie 2 - Chapitre 15 - Le bus flotte

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Déjà une semaine qui s'est écoulée depuis mon admission à l'hôpital. J'y suis bien, je n'ai plus peur de ce lieu lugubre, même les longs couloirs froids ne me donnent plus la chair de poule. C'est dire... encore quelques semaines et l'impression d'avoir rejoint un club de vacances m'aura probablement gagné. Faut dire qu'ici je n’ai pas trop à me plaindre. Que ce soit les infirmières, les aides-soignantes, les brancardiers ou encore les médecins, ils sont tous à mes petits soins. J’ai une chambre individuelle dans laquelle on me gave de pilules tantôt bleues tantôt rouges et de programmes télévisés tantôt stupides tantôt idiots. Chaque jour en début d’après-midi un psy vient me voir. Il s'assoit en face de moi et écoute ce que je lui délivre. Quand je ne dis rien, il pivote sur son tabouret et avec moi, regarde la télé. Je vois bien qu'il est contrarié mais je fais pas exprès moi. C'est pas de ma faute après tout. J'essaie mais je n'y arrive pas. J’ai tellement de mal à parler de ce que j’ai vue ce jour là après être descendue de la chambre. Tout ce tragique est encore trop récent. Cette maison... La maison de l’horreur. À leur arrivée sur les lieux du crime les secours me ramassèrent. Je redevins alors cette petite fille abandonnée de tous. Sans logis, sans famille, c'était écrit, "à l'hôpital tu finis". Il ne reste que Phame. Je suppose qu'elle n’est pas loin d’ici. Peut-être dans le même hôpital, peut-être bien dans la chambre voisine va savoir. Sauf si quelqu'un à préféré la placer dans une cellule d’isolement capitonné d’un établissement spécialisé. Car ce jour-là il fallait la calmer... Phame décabla complètement après s'être précipitée au rez-de-chaussée. Elle m'avait entendu hurler de terreur. Alors elle m'emboîta le pas et me rejoignit dans la salle où Dieu le père était demeuré avec mes quatre compagnons. Et bien sûr Phamela m’estima, moi jeune réincarnation de sa sorcière de Sienne, responsable de toute la scène de sang qui s’exposait sous nos yeux stupéfaits. Elle ne remarqua même pas le pauvre Fimevissipi. Lui il était là, immobile, vivant mais éteint, unique survivant d’un salon transformé en champ de bataille. Et s’il n’avait été en position verticale je crois que je l’eus considéré comme mort. Comment aurais-je pu commettre l’irréparable alors que je n’avais été hors de vue de Phamela que quelques secondes ? Elle ne s’embarrassa pas de mes relevés chronométriques et chargea. Elle commença à me poursuivre. Je tentai de m’échapper mais glissai dans la mare rouge qui à présent habillait le parquet. Sans possibilité d’interrompre ma chute je me gaufrai. Mon crâne s’en alla heurter le sol. Il y eut un bruit sourd, une résonance enveloppée. Ma vision se troubla et Phame profita alors de mon état de faiblesse. Elle s’assit sur moi et serra mon cou de ses mains vengeresses. Malgré l’ambiance de boucherie qui régnait ici bas je n’avais pas envie de la laisser m'étriper. Pour autant je peinais à me soustraire de son emprise. Fimevissipi est un être de valeur et il le prouva à ce moment. Reléguant sa torpeur aux confins de son univers il s'approcha de Phame et lui botta le cul. Elle desserra sa prise et je pus ainsi me dérober. Tout alla très vite. Affolée je gagnai la cuisine et je m’y enfermai. Il y avait un téléphone, j’appelai les secours. Et voilà comment je me retrouvai ici dans cet chambre d’hôpital, à l’abri du mal.


Aujourd’hui, bien que de nombreuses heures se soient écoulées depuis ce jour de sang je ne comprends toujours pas ce qui s’est produit. Je suis triste et un peu déçue aussi. Je nous voulais un avenir radieux et je comprends à présent qu'il ne viendra jamais. Alors si c'est pour vivre sans joie pourquoi ne pas mourir? La vie me semble si longue... Et c'est seule l'idée que chaque minute qui s'écoule me rapproche un peu plus du crépuscule de ma vie qui me rassure. Demain commence le procès de Fimevissipi. Il sera jugé pour le double homicide de papa et de M. Mac Humclyneure. Aucune charge n’est retenue contre lui pour le massacre de Renifl’Or et de Nouille la grenouille. Une chaîne de télévision a acheté les droits exclusifs du procès. Pour profiter de l’émotion qui entoure ce « malheur qui frappe une enfant » comme ils disent dans la bande annonce la chaîne a soudoyé le tribunal afin que le procès se déroule le plus tôt possible et à une heure de grande audience. Un présentateur en vogue assurera l'animation. Les gens l'aiment bien ils disent de lui qu'il a un beau sourire. D'ailleurs l'une des infirmières me l'a dit sur le ton de la confidence: ce gars-là il a été repéré sur le tournage d'une publicité pour Tonigencyl une pâte dentifrice qui prévient de la formation des caries dentaires. C'est bien, c'est une belle carrière, sa maman doit être contente. Elle sera sûrement rivée devant sa télé pour suivre les interventions de son journaliste de fils comme elle dit. Et elle sera pas la seule. Faut dire que le fiston il a une belle émission. Elle est participative et elle donne le pouvoir au peuple comme ils disent dans la pub. Oui c'est une innovation, les téléspectateurs seront les jurés. A eux le pouvoir de juger l'espèce de Frankenstein qui sera enfermé dans une cage en verre incassable tout le long du procès. Seule une maquilleuse professionnelle pourra l'approcher tous les matins afin de le rendre un peu plus photogénique. Le procès sera interrompu sept minutes toutes les heures afin de permettre à la chaîne de télévision de diffuser quelques spots pour de la lessive et des sodas. Un numéro de téléphone surtaxé mais citoyen est en place afin de recueillir les votes du public. Coupable ou innocent. Si la majorité du public envoie le sms « A mort », Fimevissipi sera exécuté.





... to be continued

la suite sera en ligne mercredi 19 septembre

lundi 3 septembre 2007

Partie 2 - Chapitre 14 - Parenthèse italienne

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Conformément à Sa volonté, nous nous isolâmes dans la chambre du premier. Depuis mon départ, Papa, fixé qu’il était au sol, n’avait pas du y séjourner beaucoup. Cette pièce, son refuge à elle, renfermait les bribes de l’amour qui les avait unis. Une photo sous verre aux tons sépia, clouée au dessus du lit, rappelait l’époque où Papa pouvait encore tenir la main de Phame sans que cela soit un appel à l’aide. De la joaillerie bon marché disposée sur la commode demeurait à jamais en souvenir de l’époque où ils riaient de se faire mille et une surprise. Cette vision intacte de la chambre à coucher m’apaisa et une esquisse incontrôlée de sourire se dessina sur mon visage. Phame s’était assise sur la couverture de son lit. Elle prit mes mains, les regarda puis sans les relâcher éleva vers moi son regard. Elle semblait émue.


- Pardonne moi Carol-Anne. Pardonne moi de t’avoir parlé tel que je l’ai fais tout à l’heure. J’étais si renversée de ton retour soudain que mes mots dépassèrent, de loin, mes pensées. Je t’ai fais du mal devant tes amis et je m’en veux terriblement à présent. Tout à l’heure, lorsque nous redescendrons, c’est promis, je leur présenterai mes excuses. Car à y bien réfléchir ton retour ne peut que nous faire du bien. A moi et à ton père. Tu as vus de tes yeux le délabrement physique de notre vie. Ton Père est une loque et la maison un taudis. Je me bats jour et nuit pour conserver un minimum d’ordre ici mais cela m’est si compliqué. S’occuper de cet impotent, crois moi, est une activité à plein temps. Exténuée de subvenir à tous ses besoins, j’ai peu de temps pour l’entretien de la maison. Et s’il m’arrive de me dégager une minute alors je ferme les yeux et m’endors. Ton père ? et bien pour ne rien te cacher, sache que son physique n’est rien comparé à son état mental. Il dégénère ma pauvre. Ton père perd les pédales. Et s’il était un vélo, il y a bien longtemps que je l’eus fourgué au ferrailleur. Ta disparition a probablement accéléré un processus déjà bien amorcé. D’une descente en pente douce tu l’as précipité dans un gouffre abyssal. Tu sais lorsque que tu nous as rejoins tu as accomplis son plus grand rêve. Former une famille. Avec toi, enfin nous en étions une. Le monde pouvait s’arrêter de tourner, qu’importe, nous étions ensemble. Et rien ne semblait pouvoir nous séparer. Sauf que tu en as décidé autrement. Tu reviens aujourd’hui des idées pleins la tête. Ainsi tu crois que ton père est Dieu, mais où diable as tu été chercher cela. Bien sûr il va pardonner les pêchés de tes amis... ben voyons c'est du n'importe quoi! Ton esprit est encore libre et a besoin d’être orienté. J’ai peut-être échoué en tant que mère mais je veux aujourd’hui t’aider. Depuis ta naissance ta vie est un parcours du combattant. Aucune zone de repos ne te semble accordée comme si chacun de tes choix était le mauvais. Or pour chacun d’entre nous il existe un parcours facile et un autre plus difficile. Et ces deux chemins mènent au même point c’est à dire au lendemain. Car c’est bien là, la misère et la simplicité de nos vies: conduire notre corps tel une barque au jour suivant et recommencer l’opération jour après jour. Ne crois pas qu’il existe des hommes aux vies meilleures que la tienne. Non ce n’est pas vrai. L’égalité des hommes face à la vie et la mort est réelle encore faut-il offrir à sa barque une mer clémente. Toi, tu t’es engagée dans le parcours difficile. Mer agitée, tempête, requins à perte de vue. Alors il est de mon devoir de te montrer la passerelle qui te fera rejoindre le parcours simple. Et cette passerelle elle est en toi. Tu ignores trop de choses de ton passé alors je dois te révéler ce que je sais de toi. Et ainsi je crois que la lumière jaillira et que cette passerelle ne sera plus une vue de l’esprit mais un passage bien réel que tu ne pourras éviter. Vois-tu, j’aimerais profiter du moment qui nous est offert pour te parler d’une lecture que j’ai eue il y a peu. Sur mon chevet il y a un livre. L’histoire que l’on y conte me fait étrangement penser à la tienne. Alors s’il te plaît Carol-Anne donne le moi.


  • Est-ce là une histoire d’amour ? l’interrogeai-je

  • Non…. Quelle stupide question. Dans ta vie il n'y a pas d'amour. Personne ne t'a aimé personne ne t'aime et personne ne t'aimera

  • Est-ce une histoire d’aventure ?

  • Pas vraiment. Car ta vie est telle mon automne monotone, telle une terre sans relief.

  • Un livre policier ?

  • Non plus, car il y a dans ta vie autant de péripéties qu'il y a de meurtres aux cieux. Maintenant donne moi ce livre tu m’agaces avec tes questions!


Je le lui donnai. Il s’intitulait « La sorcière de Sienne ».


  • Êtes vous bien certaine qu’il s’agisse de ce livre? Je doute que l’on y parle de moi…

  • Allez assieds toi à mes côtés et écoute


Elle posa l’épais ouvrage sur ses genoux et commença.


- L’histoire de ce livre va te sembler bien ancienne et c’est vrai qu’elle ne date pas d’hier. Mais j’y note certaines similitudes entre toi, Carol-Anne, et Catherine, dont le livre narre l'existence. Dans le cité de Sienne en Toscane, au milieu du XIVème siècle, en 1347 précisément si ma mémoire ne me fait pas défaut, naît Catherine, une enfant pas comme les autres. A jamais elle va marquer la région, on la surnomme encore de nos jours la sorcière de Sienne. Ses parents sont bons et simples. Bien qu’issue des couches populaires, la famille de Catherine, ne manque de rien. Jacques son père travaille ardemment. Il exerce le métier de teinturier et les affaires marchent plutôt bien pour lui. Dans son labeur quotidien il se fait assister de ses garçons, les frères de Catherine. Lapa sa femme et maman de Catherine s’occupe de la maison et de l’éducation des enfants. Il faut dire qu’elle est plutôt débordée. Bien qu’aucun recensement précis ne le confirme l’on estime le nombre des ses enfants à plus de vingt cinq. Ses grossesses se succèdent années après années. Jusqu'à l’arrivée de Catherine et de sa sœur. Car oui, Catherine à une jumelle. Et dès le jour de sa naissance Catherine fit démonstration de l'étendue de son pouvoir de sorcellerie. Lapa contempla les deux corps affaiblis de ses filles et comprit qu’elle ne pourrait nourrir de son lait les deux enfants. Elle devait sacrifier une jumelle. La petite Jeanne fut donc baptisée puis abandonnée. Et à peine descendue sur Terre elle remonta au Ciel. Catherine l’avait tuée. Elle avait profité de son pouvoir pour influencer le choix de Lapa. Il est facile d’imaginer qu’en pleine possession de ses facultés de raisonnement Lapa eût choisi Jeanne tant cet enfant était beau comparé à Catherine qui toute sa vie durant eut bien du mal à se hisser dans la moyenne basse des jeunes filles de son âge. De son lait Lapa put donc nourrir intégralement Catherine. D’ailleurs elle ne tomba pas enceinte tant que cet allaitement fut achevé. Un peu comme toi, Catherine fut dès son plus jeune âge une enfant à part. Elle noua par on ne sait quel moyen un lien avec le Démon et pensa qu’il s’agissait du Seigneur. Son entourage s’aperçut que cet enfant était anormal. Elle passait son temps à agir telle une adulte leur professant leçons sur leçons... eux dont l’expérience de la vie était grande. Elle ne parlait pas comme un enfant de son âge, non, elle employait des formules utilisées d’ordinaire par des gens de grande maturité. Mais c’était l’esprit du Malin qui parlait. Oui le Malin avait trouvé refuge dans ce corps de gamine. Catherine était comme toi Carol-Anne. Elle passait beaucoup de temps à jouer dans les escaliers. Je t’ai vu souvent y courir bien que l’on te l’interdisait. Et bien Catherine lorsqu’elle montait ou descendait les escaliers, elle fléchissait le genou à chaque degré. C’était comme le début de son culte du Démon.


J’écoutais patiemment son histoire sans vraiment comprendre ce que Phame cherchait à me faire comprendre. Distraite j’écoutais également les voix qui du rez-de-chaussée s’élevaient J’avais envie de savoir ce qui se tramait en bas alors pressée d’en finir je glissai :


  • J’ai envie de descendre maintenant.


- C’est bientôt terminé Carol-Anne reprit-elle. Écoute plutôt la suite. Un jour Lapa demanda à Catherine, qui devait avoir six ans, d’aller avec l’un de son frère Étienne porter quelques provisions à leur sœur Bonaventura qui était déjà une femme mariée. Lorsque la course fut terminée, Catherine eut sur le chemin du retour une vision du Diable. Pour mieux tromper la jeune enfant, ce diable s’était déguisé en Jésus. Il l’attendait dans la descente dite de la Valle Piata. A sa vue Catherine resta bouche bée. Le diable posa sur elle un regard d’amour et sa main sur son épaule. Elle put ainsi recevoir l’éternelle malédiction. Étienne ne comprenait pas ce qui se passait car pour lui le diable était invisible. Il secoua alors violemment sa sœur pour la ramener à la raison et y parvint. Mais elle n’était plus la même. Dorénavant elle se consacrerait à son amant céleste. Pour lui témoigner sa dévotion elle commença, en secret, à se flageller à l’aide d’une cordelette. Son pouvoir de sorcière travaillait l’esprit des enfants de son âge. Nombreuses lui emboitèrent le pas. Et cachées dans l’obscurité de sa chambre, les fillettes se joignirent à Catherine. Elle se passaient la cordelette et se flagellaient les unes les autres. Puis Catherine diminua de manière importante sa prise quotidienne de nourriture. Elle qui était déjà maigrelette mangeait de moins en moins. Lorsque de la viande était servie elle s’arrangeait pour la donner à l’un de ses frères ou même parfois à la jeter aux chats. Elle pensait devenir Sainte pour Dieu mais en réalité elle se transformait en sorcière. Lapa fut témoin de cette transformation. Car les exercices de génuflexion de Catherine portèrent leur fruit et vint le jour où, sous le regard affectueux de sa mère, elle fut soulevée dans les escaliers. Ses pieds ne touchaient plus les marches. La sorcière prenait conscience de sa puissance. Puis comme toi un jour elle décida de fuir la demeure familiale. Elle voulait gagner le désert mais ne trouva que la campagne. Elle y vécue seule dans une grotte. Elle consacra son temps à l’adoration tout en luttant contre sa chair. Elle revint un beau jour, soi disant par les airs et transportée par Dieu. Mais son retour fit plus de mal que de bien. A douze ans il était bientôt l’heure pour Catherine de se marier. Mais comme je te l’ai dit tout à l’heure elle était loin d’être belle. Alors Lapa essaya de lui apprendre les soins du corps. Elle voulait que Catherine connaisse la beauté féminine. Mais Catherine se montra très résistante. Elle ne voulait rien savoir, seule sa dévotion envers le Seigneur importait. Lapa dut faire appel à Bonaventua, la sœur de Catherine. En effet Catherine avait toujours ressentie une grande affection pour Bonaventura. Cette dernière tenta donc d’aider sa jeune sœur à cultiver sa beauté. Et à force d’insister Catherine céda et accepta de suivre les conseils de Bonaventura. Mais elle faisait tout cela à contre cœur. Quand la nuit tombée elle gagnait sa chambre Catherine entrait en méditation et confiait à celui qui là haut l’écoutait combien ses journées étaient pénibles. Alors le puissant entra en action. Dieu où Diable peu importe, la sanction fut sans appel. Jaloux il était. Catherine avait un amant céleste alors hors de question de la marier à un autre. Il ne toléra pas qu’on l’éloigne ainsi de sa fiancée. Regarde Carol-Anne s'empressa d'ajouter Phamela en ouvrant l'ouvrage à une page préalablement écornée, c’est marqué ici « sont odieux à Dieu, ceux qui retiennent ou retardent les âmes qui veulent le servir ». Alors Il sacrifia Bonaventura. Les prières de Catherine furent exaucées, Bonaventura tomba gravement malade et mourut peu après. Catherine venait de tuer se seconde sœur. Ce doit être commun chez les sorcières. L’obstacle abattu Catherine redoubla d’effort pour plaire à son bien aimé. Elle cessa quasiment de s’alimenter. Tiens écoute cela Carol-Anne « elle avait plus de peine à prendre de la nourriture qu’un affamé à en être privé ».


Cette histoire m’énervait de plus en plus.


  • Je ne vois pas le rapport avec moi. Alors, maintenant c’est bon je peux rejoindre mes amis.


J’en étais presque à la supplier. Mais Phame ne m’écoutait pas.


- Lapa et Jacques ne comprirent pas que leur Catherine venait d’assassiner Bonaventura. Ils continuèrent à vouloir la marier. Pour couper court à leur idée de mariage, Catherine se rasa entièrement le crâne ce qui provoqua la grande colère de ses parents. Car vous les petites filles êtes très douées pour pousser à bout vos parents. Lapa était particulièrement en colère. Elle comprit qu’il ne fallait plus laisser Catherine seule. En effet elle passait son temps à prier. Alors Catherine devint la Cosette de la maison. Lapa pensait qu’en occupant sa fille cette dernière ne pourrait se consacrer à son amant céleste. A toi aussi Carol-Anne l’on t’a imposé les travaux ménagers de la maison. Et comme pour Catherine tout cela était pour ton bien. Mais vous n’en faîtes décidément qu’à votre tête. Lapa ne soupçonna pas à quel point sa fille était devenue forte. Son amour puissant la maintenait en vie. Elle ne passait plus ses journées enfermées et elle s’en fichait éperdument. Elle se construisit une bulle mentale dans laquelle elle s’enferma pour prier son Dieu. Et sa dévotion fut encore plus importante. Car dorénavant elle pouvait s’y consacrer du matin au soir alors qu’avant elle ne le faisait que lorsqu’elle se trouvait dans sa chambre. Alors comme la raison de ses parents ne pouvait atteindre Catherine, Jacques décida de lui accorder une petite chambre. Oui les hommes sont toujours trop faible. La vie de Catherine devint alors synonyme d’austérité et de rigueur. Elle affligea son corps de tant de pénitences qu’il n’était pas rare de la retrouver couverte de sang. Elle oublia de manger et de boire. Elle se priva même de pain et n’ingéra plus que des herbes. Ici dit l’auteur « Vers l’âge de quinze ans, elle abandonna complètement le vin et ne but plus que de l’eau ». Elle dormait sur un lit de planches et vaincu le sommeil. Sa privation était complète. Et elle continuait de se flageller. Maintenant elle portait sous ses vêtements une chaîne de fer qui cerclait son corps et pénétrait dans sa chair. Elle s’obligeait trois séances de flagellations par jour. Chacune durait une heure et demie. Ses blessures étaient nombreuses. Preuves de son amour divin. Et puis elle décida de punir sa famille. Comme je te l’ai dis Jacques était un homme appliqué au travail. Sa famille vivait honnêtement et chacun pouvait manger à sa faim. Mais Catherine ne supportait pas l’abondance. La richesse matérielle était à ses yeux un mal à éradiquer. Alors elle exerça son pouvoir de sorcière et frappa. Sa première cible fut son père, source de la richesse familiale. Elle s’arrangea pour le mener à la faillite. Une série d’accidents se produisit et la famille sombra dans une extrême pauvreté….


Tout à coup un bruit de lourde chute en provenance du bas fit trembler les murs de la chambre. Impatiente je marquai mon exaspération


  • Bon, c’est bon là ! moi j’y vais.


Me précipitant vers les escaliers ses derniers mots me parvinrent :


- Vas-y ! et fout le camp de notre maison. Je sais que tu es revenue pour nous détruire. 2007 - 1347 ça fait 660, je sais que c'est pas vraiment le chiffre du démon mais quand même ça y ressemble étrangement. Tu n’imposeras pas chez nous la souffrance qu’a administré la sorcière Catherine à Jacques et Lapa. Nous te survivrons...






... to be continued

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lundi 27 août 2007

Partie 2 - Chapitre 13 - C’est comme ça les choses tournent au vinaigre et l’on y peut rien…

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Phame ne s’attendait pas à me trouver derrière la porte. Ni moi, ni mes quatre compères. Il était tard et la nuit était presque tombée. Phamela avait avalé son souper, enfilé sa robe de chambre rouge molletonnée et s'apprêtait à gagner le lit. Mais mon irruption soudaine allait foutre en l'air la monotonie de ce train-train si bien réglé. J'étais debout sur la plus haute marche du perron tandis que mes partenaires attendaient juste en dessous. Ils affichaient une fausse décontraction car chacun, seul avec ses pensées, savait qu'il jouait gros ce soir. La lourde voix de Phame décocha un "Qui est là?" qui traversa la porte épaisse. Je sentis alors un frisson pénétrer mes amis qui étaient peu habitués à un timbre de voix aussi agressif. Et sans me laisser le temps de répondre à sa question elle ouvrit la porte. Lorsqu'elle reconnut mon visage son sourire de circonstance s'effaça pour laisser place à une crispation proche de la grimace. J'en étais comme ravis. Cette distorsion de la bouche ruina à néant sa volonté de feindre la surprise. J’avais l’intime conviction que depuis ma fugue elle ruminait l’attitude à adopter à mon retour. Surtout ne pas faire d’esclandre. Ce serait manifester trop d’importance à la petite Carol-Anne. Phame voulait se la jouer genre « Ah te voilà, alors où étais tu passée ? » et puis innocemment retourner à ses occupations. Éviter tout grabuge. Malheureusement ses traits ne répondirent pas à ses directives mentales et Phame ne trouva pas le relâchement escompté. Bien au contraire. Elle se montra sous son plus mauvais jour, la face tordue et disgracieuse. Immédiatement elle s’en aperçut. Si fermer les yeux et la porte, l’avaient pu reconduire dix secondes en arrière alors elle ne se serait pas privée de recourir à ce stratagème. Mais les voyages dans le temps n’existent que pour les heureux possesseurs de De Loréan, les autres n'ayant d'autres choix que d'assumer leurs actions. Phame resta pétrifiée et immobile incapable d’articuler le moindre mot. Et oui, Madame, lorsque l’on est interdite l’on ne tire pas les ficelles de ses cordes - vocales - aussi facilement que l’on se l’imagine. Ce fut donc à moi de prendre les devants.


- Bonsoir, je sais que ce n’est pas une heure pour me montrer à vous mais voilà, moi et mes amis avons beaucoup marchés alors si vous voulez nous laisser entrer ce serait très généreux de votre part. Je viens rendre visite à mon Père et lui rapporter ce que je lui ai emprunté.


Elle affichait une expression hagarde, on aurait dit une vieille peau morte. Je laissai passer vingt secondes puis je poursuivis.


- Cela ne va pas Madame ? Vous ai-je froissée ? Vous êtes aussi figée qu’une statue sans vie et aussi volubile qu’un muet mort. Serait-ce l’effet de mon retour ? J’en suis désolée, ce n’était pas là mon intention. Mes amis et moi sommes venus dans un esprit d’ouverture. Nous devons parler à Notre Père et quand bien même mon arrivée ne vous transporte pas de joie vous ne pouvez vous y opposer. Maintenant laissez nous entrer.


Obéissante elle s’écarta afin que son corps ne soit plus un obstacle hissé entre nous et Dieu. Je passai la première suivie de près par Fimevissipi. Mac Humclyneure sur ses gardes poussa le fauteuil sur lequel Nouille la grenouille ouvrait grand les yeux. Enfin Renifl’Or, aux aguets comme s’il reprenait du service, se faufila à l’intérieur. Dans le hall d’entrée, c’était l’obscurité. Une plante monotone attendait la mort. Un filet de lumière qui émanait du faible éclairage de la pièce voisine nous permettait tout juste de nous distinguer. Ce noir n’était pas pour nous rassurer. Il nous reçut dans la salle à manger. Je ne Le remarquai pas tout de suite. C’est l’odeur écœurante qui me frappa tout d’abord. S'ensuivit une vive nausée et une envie de dégobiller que je peinai à faire taire. Oui ce renfermé tiède et fétide était du genre à soulever les estomacs. Même Renifl’Or eut un temps d’arrêt. Je préférai ne pas imaginer l’étendue des ravages qu’une telle odeur pouvait occasionner sur son nez parfait. Je lus la question que formulait les esprits de mes acolytes : Dieu est-il porteur de purification ou de putréfaction ? Car à cet instant précis il ne portait rien. Étendu de tout son long à même le sol il paraissait souffrant. A notre arrivée Il se recroquevilla ce qui me rassura quelque peu. Il était en vie. Néanmoins tout était suspect ici. Père grelottait. Son corps se cabrait sous l'effet des convulsions et soubresauts. De la nourriture, bouillie immangeable, jonchait le sol. Pas d’assiette, ni de gamelle. Quelqu’un (Phame ?) devait estimer que sa condition d’handicapé, ne méritait pas ce traitement de luxe réservé aux hommes et aux animaux. De plus, ce que l’on aurait pu désigner comme sa dépouille si le souffle vital l’avait quitté, transpirait la crasse tout comme l’intérieur sordide de cette maison. Il était devenu une limace qui ne pouvait inspirer que dégoût et rejet. Mais je savais qui il était. Outrepassant mes peurs je m’en approchai. Ayant recouvré ses esprits, Phame m’interrompit en usant du ton le plus agréable qu’elle possédait qui il faut bien le reconnaître ressemblait, tout comme l’âne s’apparente au bourricot, à celui qu’elle avait de plus contrariant.


- Alors tu es revenue….Tu décides quand tu t’en vas et quand tu rentres. Mais peut-être n’es-tu plus la bienvenue ici. Vois ce que tu as fait à ton père qui t’aimait. Avoir tué ses jambes cela n'était pas suffisant. Non ce que tu voulais c’était faire de lui ce qu’il y a plus misérable sur cette terre. Vois le, le misérable mollusque. Tu lui as volé sa mécanique roulante et depuis tu le laisses s’éteindre à feu doux. Oui il va mourir et tu en seras la fautive. L’unique responsable. Il s’est inquiété pour toi mais aujourd’hui nous t’avons oublié. Que viens tu faire ici ? Remuer la plaie autour du couteau c’est ça ? A quoi bon nous faire souffrir nous qui avons déjà trop souffert. Alors prends avec toi ta bande de paumés et fichez moi le camp.


La voie divine tant attendue s’éleva avec souffrance et fébrilité.


- Tais-toi Phame, Carol-Anne n’est pas venue pour toi alors ferme là et laisse la s’exprimer. Carol-Anne approche, je suis si heureux de te voir.


Je me penchai vers son corps en proie aux tourments et lui saisis la main droite.


- Merci Papa. De me recevoir et de m’accorder ton écoute. Sache tout d’abord que moi aussi je suis heureuse de te revoir. Bien plus que je ne l’avais imaginé en fait. Je suis cependant étonnée de voir dans quel état de délabrement physique tu vis. Peut-être comme elle le dit j’en suis la fautive mais je constate qu’elle n’a pas été d’un grand secours pour toi. Tu es puant et sale comment peut-elle t’abandonner ainsi.


A ce moment de la conversation, je crois me souvenir que Phame éleva la voix pour me mettre en garde mais déjà ses mots ne me parvenaient que parcimonieusement. Ignorant ses dires je poursuivis.


- Je ne sais pas vraiment par où commencer. Je sais que je te dois quelques explications sur ce qui s’est passé. Et je te les vais donner. Mais plus que pour te parler, je suis de retour pour d’autres raisons. Tout d’abord te restituer ton fauteuil qui te rendra ta dignité dès que tu auras pris place dessus à la manière d’un roi s’asseyant sur son trône. Ensuite, mes amis ici présents ont le besoin de t’entretenir. Seul toi est à même d’entendre leurs confessions. Enfin, lorsque nous aurons accomplis le pourquoi de notre venue et uniquement si tu l’acceptes nous resterons dormir et demain nous repartirons. Eux et moi car ma place n’est plus auprès de toi mon père. A présent, aide moi à te soulever et gagne ton fauteuil. Fimevissipi s'il te plaît, veux tu prendre Nouille la grenouille dans tes bras.


- Coip tys. Emmib woipt Puyommi me hsipuyommi teyvi. Ej pup d’itv wsea, s’empressa de répondre Fimevissipi en se remémorant le handicap de Nouille.

- Merci mon ami. Allez Papa allons-y


Je refusai l’aide que me proposa Mac Humclyneure et réussie grâce aux ressources physiques que papa trouva en lui à le hisser sur son fauteuil roulant. Sa mécanique comme l’appelait Phamela. Je crachai dans mes mains et nettoyai sa figure sale. Puis je peignai sommairement ses cheveux. C’était comme déterrer un honneur bafoué, lui sortir un pied de la tombe. Cela fonctionna car il reprit parole avec cette fois ci l’assurance qui lui avait manqué précédemment.


- Ce fauteuil m’a manqué et toi aussi Carol-Anne. Je suis content de vous retrouver tous les deux. J’entends ce que tu dis sur ta volonté de ne pas t’éterniser ici et bien que j’aimerais te garder à mes côtés je suppose que ton choix est irréversible. Mais nous verrons cela en heure et en temps. Tu me dis que tes compagnons veulent s’entretenir avec moi. Je ne les connais pas aussi je doute que je puisse leur être d’un grand secours. S’ils sont là pour justifier ta fugue et ton larcin et bien qu’ils s’en abstiennent. Comme tu le vois je ne t’en suis pas rancunier et qu’importe les raisons qui t’ont poussées à agir ainsi elles appartiennent aujourd’hui au passé. Alors oublions.


- Non Père il ne s’agit aucunement de cela. S’il me faut fournir quelques explications sur les raisons qui ont dirigé mes actions alors je suis seule à même de vous les donner. En revanche ce dont mes amis souhaitent vous parler, peut-être m’avez vous mal entendu et en cela je vous excuse, l’une de vos oreilles était appuyée contre le sol, relève de la confession et non pas de la discussion cordiale. Pour clarifier la chose je vais vous expliquer les événements qui ont provoqué mon départ et mon retour.


- Effectivement toute cette histoire m’est bien trouble me confirma mon Père.


- Car les détails ne servent à rien, j’emprunterai de nombreux raccourcis afin de préserver au mieux vos capacités d’écoute qui se devront d’être élevées lorsque mes compagnons prendront la parole. Cette règle ainsi posée je commence. Un jour un cri heurta mes oreilles. C’était un cri de détresse auquel je ne pouvais rester insensible. Ce garçon, ici, qui porte la grenouille était alors bien mal en point. Il ne faisait pas cette taille le jour où je l’ai découvert. C’était encore un nourrisson. Il était enfoui telle une plante en terre et était constamment la victime d’attaques d’animaux divers. Je le sauvai comme je pus. Ma force physique s’avéra être ma faiblesse. Elle était par trop insuffisante. Je n’arrivai pas à porter cet enfant qui criait à l’aide. Dans l’urgence, je pensai alors à ce fauteuil roulant et profitant de votre sommeil je l’empruntai. Crois moi jamais je n’ai voulu te causer du tort. Ainsi grâce à ton fauteuil je sauvai Fimevissipi. C’est comme cela que je le baptisai. Tout cela me ramène loin en arrière car depuis comme tu t’en rends compte cet enfant est devenu un grand garçon. Oh oui, son développement est accéléré mais quand même, bien des jours se sont éteints depuis que lui et moi nous sommes trouvés. Demain je repartirai avec Fimevissipi. Il est avide de connaître le monde et je dois l’y aider. Aujourd’hui il se déplace avec beaucoup plus d’aisance que lors de sa sortie de terre. Pour cette raison le fauteuil lui est inutile. Voilà pourquoi nous avons décidé de te le rendre. Et c’est sur la route qui nous menait ici que se joignirent à nous les trois personnes que voilà. Je crois que c’est le destin qui les y a placé. Il y eut tout d’abord M. Mac Humclyneure qui nous aborda sur le parking d’un supermarché. Son histoire nous toucha et lorsque je lui expliquai qui tu étais réellement, papa, il emboîta notre pas. Puis en traversant le parc communal nous rencontrâmes Renifl’Or, notre ami le chien que voici. Lui aussi nous bouleversa avec l’histoire de sa vie. Je lui révélai alors ton identité, papa, et bien qu’au début il demeura perplexe Renifl’Or quitta finalement son parc duquel il n’était pas sorti depuis bien longtemps pour faire route avec nous. Enfin, notre marche nous conduisit dans les quartiers pavillonnaires de la ville, tu sais au bord de l’étang. Là c’est Nouille la grenouille qui intégra notre groupe. Lorsque nous la trouvâmes elle venait de subir une terrible agression qui la privait de ses cuisses. Ainsi elle est semblable à toi, dépourvue de ses pattes. Tu devrais bien t’entendre avec, elle, elle est si sympathique. Tout au long de sa vie Nouille la grenouille a accumulé les péripéties malheureuses et ton écoute lui sera d’un incroyable réconfort. A tous je leur ai avoué que tu étais mon Père, leur Père, Notre Père. Peut-être n’aurais-je pas dû le faire mais face à leur détresse je n'ai su dissimuler cette vérité. Et je crois que tu les as placé sur mon chemin pour que j’agisse de la sorte. N’est-ce pas ?

Papa me regarda longuement avec circonspection. Il inspira une grande bouffée d’air puis me la souffla au visage. L’haleine méphitique enveloppa mon visage et pour la seconde fois je me réjouis de mon abstinence nutritionnelle.


- Alors c’est pour eux que tu nous as quittés. Un marginal qui se ballade avec un aspirateur sur le dos, un chien égaré qui colporte je ne sais quelle maladie, une grenouille au bord de la mort et le meilleur pour la fin, un mongolien que tu as fait pousser dans la terre. Je ne suis pas bien sûr de comprendre ce que tu leur a raconté à mon propos mais nous aurons notre discussion plus tard. En attendant, tu me dis qu’ils veulent se confesser alors je ne vais pas les en empêcher. Mais car cet aveu est secret je vous demande à toi et Phame de gagner l’étage. Ce qui se dira ici bas n’est plus de ton ressort ma fille. Il ne concerne plus que moi et, comment les nommes tu déjà, Mac Humclyneure, Fimevissipi, Renifl’Or et Nouille la grenouille. Allez, filez.







... to be continued

la suite sera en ligne mercredi 5 septembre

lundi 20 août 2007

Partie 2 - Chapitre 12 - Trois rencontres

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C'en était assez. Le jeu avait ses limites et nous les avions allègrement dépassées. Il était temps de se mêler à la foule temps pour Fimevissipi de rencontrer du monde. Nous continuâmes ainsi notre chemin à la recherche de la maison de Dieu le père. Nous avancions à un rythme lent tel des vagabonds. On dévala la ville errant aux travers des zones industrielles et artères commerçantes. Il y régnait une agitation excessive, c'était un jour comme un autre et nous nous observions en silence. Les gens rêvaient de facilités de paiement et de découverts autorisés. Un jeton de caddie dans la main gauche, une carte d'ident... euh... de fidélité dans la droite ils étaient bien équipés. Et derrière des guichets sans charme les attendaient des conseillers aux ambitions voraces. Dans le rayon confiserie d'un supermarché aux lumières agressives je chipai un paquet de bonbons aux fruits. Ce n’était certainement pas la chose à faire mais nous avions faim et pas d’argent. Je le glissai avec un maximum de décontraction entre le dos de Fimevissipi et le dossier de son fauteuil et nous prîmes la direction « sortie sans achat ». Les gardes ne nous remarquèrent pas, tout occupés qu’ils étaient à faire grésiller leurs talkies-walkies. Cependant, arrivés sur le parking réservé à la clientèle sous peine de poursuite, un inconnu nous interpella.


  • Hep vous deux, où allez vous ?


L'homme n’avait pas grand chose à voir avec un vigile. Il portait un drôle d’aspirateur sur son dos. Sa démarche faite de petits pas saccadés lui conférait un manque évident de confiance en lui. Son regard avec ses deux gros yeux qui roulaient tels des billes laissait croire à un amusant illuminé. C’est peut-être pour cela que je lui répondis du tac au tac et sans crainte.


  • Nous allons chez celui qui est mon père afin de lui rapporter son fauteuil roulant.

  • Et que tenez vous à la main mademoiselle ?


Malgré son manque apparent d’assurance ses questions directes ne me facilitaient pas la répartie. En proie au doute je lui dérapai une réponse.


  • Euh….ça…c’est un paquet de bonbons…..s’il vous plaît Monsieur…on voulait pas….mais…..comprenez nous on n’a pas d’argent pour se l’acheter….

  • Ça ne m’intéresse pas. Que comptez vous faire des papiers qui enveloppent vos bonbons ?


Je ne comprenais pas ce que nous voulait cet individu.


  • et bien Monsieur, c’est promis, nous allons les jeter à la poubelle.

  • Non s’il vous plaît mademoiselle, s’il vous plaît, ne le faîtes pas donnez les moi plutôt.

  • Vous les donner ? si vous les voulez pourquoi pas mais ne préférez vous pas un bonbon d’abord. Ils ont l’air délicieux.

  • Non je n’aime pas les friandises. Uniquement l’emballage.

  • Comme vous voulez mais je ne vous les peux tous donner maintenant. Je vais les manger sur la route.

  • Dans ce cas, je vous accompagne.

  • Euh…c’est comme vous voulez Monsieur, mais je ne sais pas si c’est votre route. Oh et puis zut , si vous y tenez venez mais alors présentez vous tout d’abord !

  • Oh bien sûr excusez moi Mademoiselle, je me nomme Mac Humclyneure. Quant à moi à qui ai-je l’honneur ?

  • Je suis Carol-Anne et mon ami ici assis se nomme Fimevissipi.

  • Et bien Marchons ensemble et pour distraire vos idées je vous raconterai mon histoire... mais n'oubliez pas les papiers de vos bonbons, je les collectionne.


Voilà nous étions dorénavant un trio et nous quittâmes le parking du supermarché en direction de ma maison. Monsieur Humquelquechose semblait bizarre mais pas méchant. Plutôt un farfelu. Je voulais bien qu’il fasse un p’tit bout de chemin avec nous. Après tout il y avait si longtemps que je n’avais parlé à quelqu’un. Et puis il avait raison entendre son histoire me changerait certainement les idées.


  • Et bien comme je viens de vous le dire je m’appelle Mac Humclyneure. Ma vie était parfaitement réglée jusqu'à ce qu'Il (Mac Humclyneure désigna d'un geste discret l'appareil qu'il portait sur son dos) s’immisce dans ma vie. Je travaillais honnêtement et gagnais ma vie de la même manière. Mon employeur, respectueux du droit du travail, me consentait 5 semaines de repos par an ce qui était amplement suffisant. J’aimais mon travail et dès que je m’en éloignais trop je générais une inconcevable angoisse qui m’obligeait à y retourner illico presto. Et c’est au cours d’une de ces semaine de repos forcé qu’Il (il désigna à nouveau l'appareil) se manifesta à ma personne. Je m'apprêtais à partir en vacances. J’avais au préalable réservé une semaine tout compris dans un club. Avant le grand départ j'eus à coeur de passer un petit coup de balai afin de retrouver un logement propre à mon retour. Mais la veille du décollage, l’évidence se montra. Mon logement était infecté et imprégné par la crasse. Une couche si énorme que je peinais à distinguer mes meubles. Je me résolus donc à tout nettoyer pendant la nuit. Bien entendu mes bagages n’étaient pas prêts. A bloc pendant de longs tours d’horloges je dépoussiérai mon home sweet home avec ardeur. Le jour allait bientôt pointer le bout de son nez, signe qu’il était grand temps pour moi de faire mes valises.


  • Tenez, si vous le voulez prenez le, lui proposais-je en lui tendant mon papier froissé de ma sucrerie.


  • Merci beaucoup Carol-Anne, je le range de suite dans ma poche intérieure. Donc, je reprends, sur mon lit étaient disposés mes effets personnels nécessaires à mon séjour. Vêtements, trousse de toilette et de premiers secours etc.…Et c’est à ce moment que le signe divin eut lieu. L’aspirateur que j’avais soigneusement débranché de la prise murale entra dans une sorte de transe démoniaque proche du 100 décibels, niveau bien supérieur au niveau sonore indicatif communiqué par le fabricant. Et son suceur plat et long ouvrit sa gueule et avala sans distinguo effectuer poussières et biens non destinés à son ventre. Le tube de métal télescopique ne grogna à aucun moment se contentant de conduire mes habits d’été au plus profond du sac collecteur. Ainsi en quelques secondes mon aspirateur et je suis formel il était débranché, donc hors d’état de fonctionner sans intervention divine, dévora ma garde robe de vacances. Hop le ménage était fait conclut-il et Il replongea en mode veille. Pendant un instant prolongé, debout, je demeurai bête, incapable de saisir ce qui venait de se produire. Je descendis finalement à la cuisine et me préparai un café violemment noir. Je l’avalai d’une traite, méditai ensuite sur cette inquiétante hallucination et remontai à la chambre persuadé que tout serait rentré dans l’ordre. Je ne suis pas un drogué, je ne l’ai jamais été, ces phénomènes ne peuvent donc me concerner. Et pourtant, à l’étage rien n’avait changé. Le calme régnait à présent mais mon sac de voyage était désespérément vide tandis que celui de mon aspirateur devait être au bord de l’implosion. La vision de l’avion prenant son envol sans moi vint tamponner mon esprit. Il me fallait réagir l'heure tournait. Ce sac d'aspirateur ferait l'affaire. En fait ce n’était pas si mal. Mon sac, même s'il n’était pas initialement prévu au voyage était fin prêt. Et puis, cet appareil était déjà pourvu de sangle. Le constructeur, soucieux de la bonne santé dorsale des ménagères l’avait ainsi équipé. Oh bien sûr, comme tu peux le remarquer Carol-Anne et toi aussi Fimevissipi, puisque c’est cet aspirateur que je transporte, elles sont quelques peu rudimentaires ces sangles et probablement pas étudiées pour les étapes de grandes randonnées mais à cet instant tardif de la nuit ce jour là je ne pensai pas à ce détail et estimai que cela ferait l’affaire. Je l’attrapai donc et m’éclipsai de la maison direction l’aéroport. Il me fallait courir et courir vite. L’aéroport ce n’était pas la porte à côté et je n’avais pas budgétisé un trajet en taxi. Et tandis que je me hâtai, un étrange remord vint me transpercer. L’impression d’avoir mal agi en ayant abandonné mon sac de voyage qui depuis des semaines attendait avec une vive impatience ces vacances. J’essayai, malgré cette souffrance pré-embarquement, de poursuivre ma course mais il m’était impossible d’extraire ce satané sac de mon esprit. Coupable d’abandon de bagage, telle était ma faute. Et bien que c’était Son intervention, oui c’est de Dieu que je parle, qui m’avait plongé dans cette histoire, je savais qu’aux yeux de mon sac, le seul responsable c’était moi. Il m’appartenait donc à moi et à moi seul d’en assumer les conséquences. Jamais, aussi loin que ma mémoire remonte et au moins jusque à la date d’acquisition dudit sac je ne lui avais joué un aussi vilain tour. Oh bien sûr tout n’avait pas été toujours rose entre lui et moi. Il y eut entre autre cette période longues de quelques années pendant lesquelles je le gardai enfermé dans le bas de mon armoire, faute de pouvoir me payer des vacances. Je m’en souviens encore, il était convaincu que je lui faisais la gueule, il n’en était rien et d’ailleurs, c’était plutôt mon portefeuille qui me la faisait, la gueule, et évidemment cela se répercutait sur tout le monde. Mais bon, à l’annonce de ces vacances, les vieux coups tordus du passés s’étaient effacés. Et ce départ en urgence, aspirateur vissé sur les épaules, c’était comme enfoncer un clou rouillé sur une plaie mal refermée. Je réagis alors. Tout se bousculait dans ma tête. Et tandis que le rythme de ma course commencée sprint flirtait à présent avec le style jogging de grand-mère un objet publicitaire heurta mon visage. Un simple tract publicitaire qui s’essayait au vol le long des trottoir m’apporta la solution. Ce papier volant avait peut-être un court instant porté un message commercial positif à l’intention d’un passant lambda mais à présent puisqu'il se baladait sans réelle destination dans les airs, il était devenu détritus et en conséquence destiné à la poubelle. Voilà ce qui s’était passé sous mon toit : mon sac de voyage et mon aspirateur avaient obéi à la volonté du Supérieur et avait inversé leurs rôles et fonctions respectives. Cette évidence me frappa telle une teq' paf le comptoir du troquet. Le bagage faisait à présent office de ramasse poussière. Mes vacances étaient annulées, j'avais une mission. Il me fallait honorer cette découverte par de précieux déchets et autres restes. Depuis ce jour où la vérité m'éclata au visage, je poursuis cette quête vers de nouveaux déchets. J’aborde des inconnus dans les rues et leur réclame ces petites choses qu’ils déposeront sans mon intervention dans une poubelle pour les plus civilisés et à même le sol pour les plus crasseux. Oui c’est ce que je suis. Un mendiant. Je mendie vos ordures. Ma journée de quémandeur achevée je rapporte et offre à mon sac la récolte quotidienne. C’est ma vie et c’est elle, où devrais-je dire, c’est Lui le tout-puissant, qui l’a choisie.


C’est de la sorte qu’il acheva son récit. Je l’avais écouté respectueusement et son histoire me touchait. Fimevissipi semblait lui aussi sensible à la vie de ce vagabond pas comme les autres.


  • Et bien, commençais-je sans trop savoir ce que je voulais lui dire, je crois que notre rencontre n’est alors pas due au hasard. C’est, vous allez le voir, un nouveau signe de Sa présence.

  • Comment cela ? répliqua l’homme à l’aspirateur visiblement intrigué

  • Et bien figurez-vous que je me rends avec Fimevissipi chez mon père, qui n’est autre que Dieu.

  • Ah effectivement c’est là une chose fort intéressante. Permettez dans ce cas que je vous accompagne. J’ai tant à voir avec votre père…avec Notre Père.

  • Alors poursuivons. Cependant avant de reprendre notre marche, une petite question. Si j’ai bien compris votre aspirateur renferme une partie de votre garde robe ?

  • C’est cela oui.

  • Et bien voyez vous mon ami Fimevissipi est fort peu vêtu alors peut-être pouvez vous le dépanner de quelques vêtements.

  • Oh certainement. C’est à parier qu’ils sentent un peu le renfermé et qu’ils soient légèrement poussiéreux, mais si cela peu vous être utile, c’est avec grand plaisir.

  • Nisdo cieyduyq remercia Fimevissipi

  • Voyez comment je fais. Il suffit d’appuyer à l’envers sur ce bouton et au lieu d’aspirer, l’appareil dégurgite ce qu’il à avaler. Et voilà tenez, une chemisette, oui je le vois elle est froissée mais au moins elle vous protégera du vent. Et hop voici de quoi couvrir Guy et Bol vos guiboles.


L’habillage effectué, nous reprîmes la direction de la maison. Nous formions déjà une chouette équipée lorsque l’entrée du parc municipal se précipita sous nos pas. Des étendues vertes, des grands arbres où s’abriter lors des journées de grand soleil, quelques bancs qui longeaient les allées calmes et par ci par là des étangs entretenus au bord desquels canards et oies venaient se prélasser. Un symbole de paix dans une ville animée par la rage. Et puis après quelques bifurcations vint le ghetto du parc la zone de non-droit. Dans cette zone venaient survivre, dormir et parfois mourir les indigents clochards. Au pied des bancs reposaient de récents cadavres de bouteilles. Vins et bières connaissaient un vif succès. Un chien abandonné attira mon regard et celui de mes compagnons. Allongé sous un banc, ma première impression fut qu’il était décédé. Il était inerte et extrêmement sale. Une odeur nauséabonde s’en élevait. Pourtant, nous nous en approchâmes afin de vérifier son état de santé. Et alors que nous étions à moins d’un mètre de cet animal qui ne ressemblait à rien il se réveilla. Dans un geste d’autodéfense il bondit brusquement et renversa Fimevissipi. Il manqua de lui arracher la moitié de la joue mais heureusement Mac Humclyneure, l’homme à l’aspirateur, lui décocha un coup surpuissant qui envoya balader l'animal dans ses cordes. Tout se passa très vite, Fimevissipi eut à peine le temps d’articuler un cri.


  • ça va pas de sauter comme ça sur les gens, saleté de cabot hurlais-je.

  • Quoi ? et vous qu’avez vous à venir rôder autour de moi ? Vous venez me dépouiller et vous croyez que je vais vous laisser faire ? aboya le chien.

  • Mais, Monsieur Chien, reprit l’homme à l’aspirateur, comprenez que nous ne venons pas en ennemi, nous avons craint pour votre santé et sommes intervenu pour vous aider. Jamais mon pied ne vous aurait frapper si vous n’aviez pas agressé notre ami.

  • Alors ok , supposons que vous ne fassiez que passer. Vous pouvez donc continuer votre route car comme vous pouvez le constater je me porte à merveille. Allez cassez-vous, hop on dégage...


Je ripostai bien que ce chien méritait vraiment qu’on l’abandonne ici.


  • Moi quand je vous vois, je ne dirais pas que vous êtes bien portant. Au contraire vous m’avez l’air faible et affamé. Un toilettage vous ferait le plus grand bien. Un peu d’exercice aussi. J’ai comme dans l’idée que vous passez l’essentiel de vos journées vautré sous ce banc et ne vous déplacé que lorsque votre estomac vous supplie de le remplir.

  • Mais de quoi je me mêle petite sotte. Qui es-tu pour me donner de telles leçons ?

  • Et bien comme je suis la fille de Dieu, je vous propose de nous suivre jusque chez mon père. Si vous préférez vous pouvez marcher 10 pas derrière nous. Arrivé à la maison vous pourrez reprendre quelques forces et même vous décrasser. En revanche si vous nous suivez j’insiste pour que vous nous promettiez de vous ressaisir et de ne plus être ce chien errant pitoyable. Alors c’est ok ?

  • Cassez vous je vous ai déjà dit. Il mit ainsi terme à la discussion.


Nous n’avions pas l’intention de le supplier, alors nous repartîmes. Et quand je me détournai au moment où nous approchions de la sortie du parc pour réintégrer l’univers effervescent je le vis. Il était là, derrière nous, nous suivant à quelques dizaines de mètres. Finalement ma proposition avait fait son travail et son petit bout de chemin. Voilà le chien qui intégrait notre bande. Nous étions à présent quatre. La bande se composait de moi Carol-Anne, de mon protégé, Fimevissipi, de l’homme à l’aspirateur Mac Humclyneure et du chien errant. Au fur à mesure de notre progression l’écart qui nous séparait du chien diminua pour bientôt ne plus exister. C’est à peu près en cet instant que le chien errant choisit de nous conter sa vie.


- Moi, je les ai souvent entendu se plaindre au boulot. Mes collègues bipèdes. Ah ça oui ils balançaient sur le système. Pour résumé la situation voilà la devinette qui circulait dans les vestiaires du poste: « Je suis moins bien payé qu’un ouvrier du textile sri lankais, je risque ma peau comme un kamikaze d’al qaïda et enfin l’on me haït plus qu’un juif pendant la grande guerre. Qui suis-je ? »


Moi, Fimevissipi, l’homme à l’aspirateur dans une même allocution blanche :


  • ……


- Un flic. Voilà c’est ça la réponse. Elle nous faisait bien marrer cette blague c’est sûr, malheureusement faut dire qu’hormis ça on rigolait pas des masses. C’était même plutôt la misère. La plupart des flics estiment avoir une « vie de chien », mais croyez moi ils n’ont aucune idée de ce que c’est vraiment qu’une existence de cabot. Et moi qui taffais comme flic j’étais bien placé pour le dire….surtout que j’étais, et le suis encore, un clebs. Mais ça vous l’avez probablement déjà remarqué. Pour sûr j’aurais préféré ne jamais en être un. Un flic j’veux dire hein pas un chien. Mais je n’avais jamais eu le choix. Le destin m’a déposé dans une famille de renifleur. Le top du flair. Depuis des générations, nous étions doté d’un don divin pour renifler la came. Et croyez moi d’aussi loin que remonte mon arbre généalogique, de ce don, nous en étions tous pourvu, moi y compris. En fait j’étais né flic. Dès ma prime enfance ils m’entraînèrent à développer mon don. L’apprentissage était rigoureux, il me fallait assimiler toutes les formes de drogues existantes et les manières toutes plus vicieuses les unes que les autres de les dissimuler. Je lus les carnets de notes de mes ascendants. Passionnants, riches de détails, ils s’avérèrent de véritables études comportementales du dealer. Sa psychologie y était passée au peigne fin toute comme sa gestuelle trahissante. Car peut être cela va-t-il vous surprendre mais et c’est ce qui fait la grandeur de notre métier, un grand chien renifleur doit sentir avec son museau mais surtout avec ses yeux. Ainsi même enrhumé je ne m’arrêtais pas. Tout ment chez un refourgueur de came. Par ses mouvements de corps, parfois incertains parfois trop calculés, par ses réflexions innocentes, sans le savoir, il s’accuse lui même. Les écrits de mon père, de mon grand père et des autres avaient fait de moi le meilleur chien de toute la région peut être même du pays. Les hommes m’avaient même baptisé Renifl’Or. C’est à ce nom que je devais répondre. Pendant des années j’exerçais ainsi mon job sans rien dire. Disponible 24h/24 je débarquais accompagné de la brigade anti-drogue dans des lieux obscures à la recherche du magot tant convoité. Et toujours je faisais mon travail à merveille. Je découvrais des quantités de drogue représentant des sommes monstrueuses au marché noir et l’on me récompensait d’un copieux repas. Un peu déséquilibré n’est-ce pas ? Je n’y trouvais rien à redire pour autant. Après tout j’étais célèbre et par rapport à mes congénères j'avais une vie de luxe. Je n’étais pas qu’un porte-chausson, j’œuvrais pour l’intérêt collectif et c’était une grande cause. Les années s’écoulèrent et pas la drogue. Ma vie professionnelle était un succès à la hauteur de ma réussite sentimentale. Je rencontrai une chienne pour qui je m’épris d’un amour tendre et qui me donna deux magnifiques enfants. Tout allait merveilleusement bien, notre demeure était modeste mais notre amour grand. Et puis un grain de sable vint tout enrayer. J’allais sur mes sept ans lorsque une part de vérité qui jusque là m’avait été dissimulée me fit comme un clin d’œil du genre « oh oh j’existe ». Ce qui l’avait incité à se manifester ? Je sais pas, la routine du quotidien, l’ennui, l’absence de sens où la présence de non-sens, un besoin de sensation, d’excitation, une recherche de plaisir c’est probablement un petit peu de tout cela à la fois. Chez vous on appelle cela la crise de la quarantaine mais chez nous ce n’est pas répertorié. Le mal être du chien n’est pas prit en charge par le vétérinaire, c’est bien dommage. Alors la vie continua, mais mon enthousiasme était pulvérisé. Et puis un jour je commis l’irréparable. Ce mec là était surveillé depuis des mois par la brigade. Écoute, filature, une équipe à temps complet bossait sur ses activités suspectes. Les collègues furent informés qu’une énorme transaction se préparait. Elle impliquait de célèbres notables des environs. C’était un gros coup, les meilleurs hommes de la brigade formait le team et bien sur le meilleur chien était partie prenante. Si tout fonctionnait alors c’était la gloire assurée pour la police et à l’inverse si cela virait en eau de boudin on imaginait déjà la dissolution de l’équipe. Nous étions tous sur le qui-vive prêt à bondir dès qu’on nous en donnerait l’ordre. L’échange devait se dérouler dans une vieille maison abandonnée à la campagne. Jamais cette ruine n’avait suscité autant d’intérêt, son heure de gloire en quelque sorte. Le jour J arriva et les hommes débarquèrent. Les truands crièrent aux scandales mais furent rapidement mit aux arrêts et escortés vers la prison. Et c’est là le début de ma mission. Ma truffe, flirtant avec la terre battue du sol, passa à l’action reniflant chaque cm² de la demeure. Je tournais, revenais sur mes pas sous l’œil exigeant des gars. Et puis je relevai la gueule et leur jetai un regard désabusé. Il n’y avait pas de drogue dans ces lieux. Du moins c’est ce que je leur fit comprendre. On regagna le poste dépités et groggys par l’énorme baffe que représentait cet échec. J’avais la confiance du groupe aussi personne ne mit en doute mon odorat. Pourtant…


Renifl’Or effectua une pause pour reprendre son souffle. Nous avions naturellement interrompue notre marche comme pour accorder à son histoire l’attention qu’elle méritait. Très intriguée par ce chien policier, Fimevissipi dégaina le premier :


  • Quysvepv ryou ?

  • Oui c’est vrai, quoi ? vous avez menti, c’est ça ? il y avait de la drogue ? j’avais envie de connaître la fin de son récit.


L’homme à l’aspirateur ne posa aucune question, il semblait légèrement distant, occupé qu’il était à effacer les plis des papiers froissés que régulièrement je lui donnais.


- Oh oui il y avait de la drogue dans cette vielle bicoque. Il y en avait même plein. De retour au commissariat, la garde à vue des dealers avorta rapidement. Aucune charge ne pouvait être retenue, ils furent donc libérés. Les gars passèrent le reste de la nuit à se saouler. Il y avait toujours une bouteille de Ricard qui traînait, à peine dissimulée, dans un bureau. Dans des jours comme celui-ci seul l’alcool pouvait estomper la terrible déconvenue. Moi je ne buvais pas. Je regagnai donc comme chaque soir mon domicile. Comme chaque soir j’embrassai ma femme puis mes deux enfants. Comme chaque soir je me montrai souriant et évitai de parler des histoires de boulot. Comme chaque soir l’on mangea tous ensemble. Et comme soir, peu avant le coucher je m’en allai promener notre animal de compagnie. Sauf que la ballade fut plus longue qu’à l'accoutumée. J’enfermai notre animal de compagnie au garage et décampai à toute berzingue. La campagne. Une vielle maison. Je voulais cette drogue. Je l’avais tout de suite repérée. Enterrée dans le sol à environ 30 centimètres, il n’y avait rien pour masquer l’odeur de la poudre blanche. Un cas d’école, déconcertant de facilité et même le nez bouché. Tout excité je creusai le sol pour récupérer le précieux pactole puis m’éclipsai avec la même fougue qui m’avait fait venir. Chez moi je camouflais mon trésor et retrouvai ma chienne déjà endormie. Les jours qui suivirent furent déroutant de banalité. Maintenant qu’elle m’appartenait je me montrai incapable d’y goûter. Et puis après environ une semaine je me résignai à la tester. Modérément cela va sans dire. Tu parles ouais ! Bordel, je trouvai ça magnifique. Dès mon premier test je fus conquis. Je prétendais connaître la drogue, je la côtoyais au quotidien et j’ignorais totalement ses bienfaits. Oui, on pouvait parler de Renaissance. Enfin je découvrais la vie sous un angle différent de celui de la contrainte. Chaque sniff m’apportait toujours un peu plus que le précédent. Un monde totalement insoupçonné s’éveillait à mes yeux. De moins en moins de temps s’écoulait entre mes prises. Je n’avais pas choisi d’être chien policier je voulais me transformer en toxicomane dépendant. Et à ce beau défi j’y mettais toute mon âme. Mon museau était ma richesse et une fois de plus il me surprenait. Cette came quand elle lui filait dans la narine, il la gouttait, au sens propre du terme, comme s’il était empli de papilles gustatives. Un don, oh oui y’a pas à tergiverser, ce nez était un don du Dieu. Cette expérience devint bientôt un mode de vie à part entière, une vie réglée sur mes prises. Mais chaque bonheur à son revers et pour moi ce fut la fin de ma carrière. Bien entendu, toute la brigade s’aperçut de mon changement. Et les prises de sang du véto dévoilèrent la vérité. Il l’annonça avec tact à mon chef de brigade : « A la manière d’un Pikachu qui évolue en Raichu, Renifl’Or mute en Toxico Dog et l’on ne peut rien y faire ». Mais la délicatesse était de trop dans ce monde. La sanction ne s’encombra pas d’égards. Le chef me passa un savon à défaut d’une savonnette et termina par la réplique attendue « Vous êtes viré, allez ouste ». Je déposai mon badge et mon arme sur son bureau et quittai les lieux tel un malpropre. Après des années de bons et loyaux services l’on m’offrait le luxe de la précarité et de l’incertitude. Si à votre espèce j’avais appartenue, nul doute que l’on m’aurait assigné à un job administratif mais pour un chien there is no justice. Vous avez les prud’hommes nous n’avons pas de prudes chiens. Ensuite tout s’enchaîna. Moi qui avait toujours été montré comme un modèle je n’osai affronter le regard médusé de mes proches. Et depuis mon licenciement je n’ai revu ni ma femme ni mes enfants. Un bref retour à la maison pour récupérer la came et hop je disparus en un éclair. Je l’avais entendu dans un film avec Bob « il faut savoir tout plaquer en moins de 30 secondes ». Et c’est comme ça que je procédai. Depuis ce jour je me suis établi dans le parc où vous m’avez trouvé. Je vis pleinement ma passion de la défonce outrancière. Bien sûr j’ai perdu les êtres qui me sont chers, mon confort matériel, la reconnaissance des hommes, mais que dire j’Adore me shooter. J’ai honte de n’avoir découvert cette jouissance qu’à la veille de mes sept ans. Je tente de survivre mais j’ai honte. Honte d’avoir participer aux actions policières visant à éradiquer ce bonheur fait poudre de la surface de la nation. Honte d’avoir privé des milliers de consommateurs de leur réconfort nécessaire. Mais bon, ce passé de flic est dorénavant bien loin. Je vis dans mon parc, j’emmerde personne, je me came quand le manque me fait signe et je ne fais rien d’autre. Si je devais modifier quelque chose à mon existence alors oui je vous le dis je me priverais de ce don olfactif. Quelle idée stupide de Dieu. Je lui en veux à mort.



Décidément cette journée était étrange. A croire que tout le monde avait quelque chose à réclamer à Dieu.



- Et bien vois tu Renifl’Or, comme je te l’ai dit tout à l’heure il se trouve que je suis sa fille. Alors si tu as des comptes à régler avec Lui dépêchons d’aller chez moi car on à tous besoin de lui causer. Moi et Fimevissipi on doit lui rapporter son fauteuil roulant tandis que M. Mac Humclyneure ici présent veut s’entretenir avec mon Père à propos d’un problème de sac. Alors je pense qu’Il sera également en mesure de t’accorder quelques unes de ses précieuses minutes.


- Ok alors cessons de parler et marchons en rythme, proposa Renifl’Or. La journée est déjà bien avancée et le programme encore chargé. J’espère que nous ne sommes pas trop loin de chez toi.



C’est vrai que l’essentiel du trajet était maintenant accompli. Pour autant nous n’en avions pas encore fini avec nos étonnantes rencontres. Conformément à ce que venait de nous signifier Renifl’Or nous reprîmes la route à vive allure. Définitivement ce n’était plus une promenade De ses pas imprécis et encore lents, Fimevissipi suivait tant bien que mal. Je me demandais quel effet produirait l’arrivée de notre petite troupe à la maison. Ce n’était pas gagné que cela se passe bien mais avais-je le choix ? J’avais fugué et volé l’unique moyen de locomotion de Dieu. J’espérais son Pardon mais pouvais-je éviter sa colère. Je ne voulais pas en parler avec Mac Humclyneure et Renifl’Or. Nos deux nouveaux compagnons étaient si impatients de rencontrer Dieu que faire état de mes craintes risquait de gâcher leurs plaisirs. Alors je fis comme eux. Eux, ils affichaient ouvertement leur joie. Sourire sincère sur leurs visages, alors sourire forcé sur le mien. Chacun mettait en scène le discours qu’il tiendrait lorsque face à Notre Père il s'agenouillerait. Nous avions traversé la ville et étions à présent dans les quartiers résidentiels. Il y avait dans ce quartiers un étang calme où les gosses des riches venaient s’aérer. C’est marrant mais en le longeant j’eus cette sensation venue de nulle part caresser ma peau que notre bande des quatre allait instamment devenir le club des cinq. Un cri s’érigea puis un homme. Cet homme, ce monstre devrais-je dire, était taillé comme un boeuf taillé comme un buffle taillé comme un mammouth. Quand ses jambes vinrent poly-frapper le sol ce fut comme si un troupeau entier d’orcs se déplaçait. Cette chose, cette immondice affreuse et répugnante, détala sous nos yeux sans que l’on y puisse rien comprendre. En revanche, le cri qui provenait des bords de l’étang lui ne détala pas. Bien au contraire il s’intensifia. Poursuivre l’agresseur pour se faire réduire en bouillie n’aurait servi à rien, il importait plus de venir en aide au blessé qui hurlait. On chercha un peu mais il n’y avait personne près de l’étang. On regarda en ouvrant les yeux au mieux et puis l’on ne vit personne. Alors on écouta et on entendit. Quelqu’un souffrait mais on ne le voyait pas. Heureusement il y avait parmi nous un ex-flic qui plus est pourvu d’un sens olfactif surdéveloppé. Renifl’Or reprit ses vieilles habitudes laissées au placard depuis des mois et son flair ne tarda pas à faire mouche. En quelques secondes il mit la main sur la victime de l’ogre déserteur. A même le sol une petite grenouille se tordait de douleur et criait au martyr. Elle pataugeait dans son propre sang incapable de s’en extraire. A bien la considérer ce n’était plus qu’une demie-grenouille. Ses cuisses avaient été arrachées. Seuls quelques nerfs déchiquetés et tendons mâchés témoignaient de l’existence passée des jambons batraciens. La mutilation était récente mais trop de sang avait déjà coulé. Après l’avoir flairé de longs instants, Renifl’Or qui n’était pas médecin se retourna et concéda « on va la perdre si on agit pas tout de suite ». Il sortit ensuite du cercle que nous venions de former autour du petit corps meurtri sachant parfaitement que son rôle s’arrêtait à la découverte de la victime. Il avait son job et quelque part, même si ce n’était ni le lieu ni le moment, il n’en était pas peu fier. « Laissez moi faire ! » vociféra alors Mac Humclyneure. A cet ordre, nous le laissâmes s’avancer lui et son équipement ménager. Et hop comme lorsqu’il avait prêté quelques fringues à Fimevissipi, il pressa à l’envers le bouton on/off de son aspirateur et celui ci séance tenante expectora une trousse de premiers secours. Dans la foulée il se pencha sur le blessé pour l’opérer et réclama notre mansuétude : « Soyez indulgent envers cet étui de dernière chance, c’est son premier jour de travail ». Sa pochette Hansaplast qu’il trimballait sur son dos depuis sa mésaventure trouvait enfin un peu de légitimité Il opéra. Ses mouvements un peu empruntés étaient compensés par son application totale. Il appliqua tout d’abord une compresse afin de stopper l’hémorragie. De sa main libre il maintenait avec fermeté la grenouille en place. Par la suite il fit ce qu’il jugea bon pour l’amphibien en détresse. La grenouille perdit connaissance lorsque Mac Humclyneure entama la désinfection des plaies. Faut dire que c’était pas beau à voir. Un mal nécessaire il paraît. Pour finir il s’arma de fil à recoudre et d'une aiguille et sutura les plaies. Rien à redire, Mac Humclyneure était un être de confiance. Si elle se réveillait de cette opération alors y a pas à dire la petite grenouille verte lui devrait beaucoup. Au début, je l’avais trouvé distant et intriguant avec sa manie de ramasser mes papiers mais là il venait de réaliser ce qu’aucun de nous n’aurait su accomplir. Nous lui en étions tous grandement reconnaissants. L’homme à l’aspirateur prenait des allures d’homme à aspiracoeur. Après cette poussée d’adrénaline l’on s’allongea afin de reprendre nos esprits. Le pouls de la grenouille battait à allure faible mais de manière régulière ce qui nous donnait bon espoir de la récupérer. Et effectivement après ces longs moments d’angoisse elle revint à elle. Effrayée par notre présence elle tenta tout d’abord de se soustraire à notre assemblée mais elle ne pouvait pas. La pauvre, deux des ses jambes avait été arrachées. Lorsqu’elle réalisa le malheur qui la frappait elle fondit en larme et c’était ce qu’elle avait de mieux à faire. Je me penchai sur elle et essayai de lui expliquer ce qui c’était passé, dans quel état nous l’avions trouvée et comment nous avions improvisé son sauvetage. Pour ne la pas plus troubler je ne parlai pas du boucher sanguinaire qui l’avait dévorée. Je ne sais si mes mots la rassurèrent toujours est-il qu’elle mit un terme à ses pleurs et releva la tête. Nous ne pouvions l’abandonner à son sort, Fimevissipi lui proposa donc de la prendre sur ses genoux afin qu’elle prenne part à notre périple. Personne ne sut vraiment si elle comprit un traître mot de ce qui venait de lui être proposé pourtant dans l’instant qui suivit, notre fauteuil roulant avait deux passagers. Et nous reprîmes notre route là où nous l’avions laissée. Confortablement installée sur une cuisse de Fimevissipi notre amie grenouille s’endormit à nouveau signe de sa sécurité retrouvée. Notre groupe était maintenant au complet, la confrérie était en route. Et en plus de moi, de Fimevissipi, de Mac Humclyneure l'homme à l'aspirateur et de Renifl'Or le chien devenu Toxico Dog il y avait à présent une petite grenouille lésée de ses cuisses et dont nous ne savions pas grand chose. Mais cela n’allait pas durer. A son réveil elle était changée. Plus de pleurs. En moins d’une heure elle venait d’accepter sa condition d’handicapée. Elle nous fixa intensément et un grand « merci » nous adressa. Je lui expliquai alors le but de notre expédition.



- Tu sais petite grenouille, nous nous rendons chez mon papa qui est aussi notre Père à tous non pas que nous sommes frères et sœurs mais tout simplement parce que ce père dont je te parle est celui qui crée et celui qui détruit. Il est Dieu. Chacun de nous souhaite le rencontrer pour une raison qui lui est personnelle. Quand l’on sera arrivé, toi aussi, peut être, tu voudras lui adresser des mots. Profite de cette marche qui nous mène à son pavillon pour mettre en place tes doléances car notre temps de parole sera probablement limité. Et si tu veux nous en entretenir au préalable alors parle nous, tes secrets demeureront à jamais dans les profondeurs de nos oreilles.



Quelques minutes plus tard sa voix percuta les huit tympans qui l’entouraient.



- L’étang au bord duquel vous m’avez trouvé est toute ma vie. J’y suis née il y a quelques années et sur son nénuphar central je suis restée. L’on ne ma pas attribué de prénom car nous autres les grenouilles n’avons pas d’identité propre. Nous nous reconnaissons les unes les autres sans avoir à se vêtir d’un quelconque patronyme. Nous n’avons jamais vraiment compris pourquoi vous autres vous vous sentez obligé de vous couvrir d’un prénom et d’un nom. Peut-être est-ce pour conforter votre sentiment d'être unique. Nous, nous avons conscience de notre non-unicité. Ainsi sur le nénuphar géant tout notre petit monde vaquait à ses occupations sans jamais s’appeler autrement que par « Hé toi »... Avec moi, un changement s’opéra. Car moi rapidement l’on me prénomma. Ce qui dans votre monde pourrait sembler plutôt valorisant prenait des airs de punition dans le mien. L’on me nomma Nouille la grenouille. Mes différences, mes défauts en quelque sorte, étaient bien trop importants. Aux yeux de tous il paraissait évident que je possédais un caractère unique et déplorable. Je n’avais de grenouille que la peau nue, la pupille horizontale et mon coassement. Mais en mon âme je n’étais pas un ranidé. Nouille la grenouille vous entendez ça! J’étais vraiment la créature la plus stupide que Dieu avait mise sur Terre. D’ailleurs le fond du problème était là. Ce Dieu ne m’avait pas mise sur Terre. Il m’avait déposé n’importe comment là où il avait trouvé un peu de place sur un nénuphar paumé au milieu d’une pauv’ mare. Et par dessus tout il m’avait fait hydrophobe. Un amphibien qui ne supporte pas l’eau... Vous trouvez cela impensable et bien l’impensable est sous vos yeux. Est-ce qu’il y eut un traumatisme dans mon enfance qui me l'a fait détester ? Maybe. Je ne m’en souviens plus. Du plus lointain que remonte mes souvenirs je l’ai toujours abhorrée. Et parce que ce comportement était différent c’est toute la population qui me rejeta. Je devins la risée de toutes les grenouilles qui ne m’adressaient la parole que pour mieux se rire de moi. Il va s’en dire que des amis j’en avais environ... aucun. Une grenouille abandonnée sur un nénuphar surpeuplé. Tout cela n’avait aucun sens, ma présence comme mon existence. Bien sûr je n’étais pas sans ignorer la réponse à mon problème. En fait elle était double. Soit je soignais cette crainte de l’eau, soit je quittais le nénuphar. La première solution me semblait inenvisageable. Cette peur était ancrée en moi et seule une thérapie suivie m’eut permis de la déraciner. Or, les psychiatres grenouilles n’existent pas et consulter un psychiatre humain aurait inévitablement conduit ce dernier à consulter à son tour afin de vérifier sa santé mentale. Il ne me restait donc que la seconde solution. Quitter le nénuphar. Là encore le pari était ardu mais je devais m’y accrocher. J’avais enfin un plan et cela suffit à me redonner le sourire. Je me promis de n’en parler à personne. Si quelqu’un apprenait mes intentions cela ne pouvait m’être que préjudiciable. Ce secret ne fut pas compliqué à garder puisque personne ne me parlait. Le principal obstacle que je voyais à mon évasion était comment me rendre sur les rives de l’étang sans me mouiller. Si ma phobie de l’eau n’avait pas été aussi forte bien sûr la nage eut été la meilleure solution. Mais comment vous dire ? Moi dans l’eau, c’est comme une frite dans l’huile bouillante je n’y aurais pas survécue. Je pouvais aussi utiliser une des feuilles du nénuphar pour m’en servir d’embarcation jusqu’à la terre ferme mais là encore un problème de taille subsistait. Si je pratiquais de la sorte, une grenouille me verrait forcément quitter notre nymphéacée et sonnerait le tocsin. Et alors là s’en serait fini de moi. Elles me poursuivraient et de force me ramèneraient à la maison. Peut-être vous demandez pourquoi iraient-elles contrecarrer mes plans ? C’est vrai elles ne m’aimaient pas et ma disparition ne gênerait en rien le traintrain quotidien de leurs existences. C’est faire fi de l’estime d’elles mêmes qu’elles ont. La nation grenouille est pleine d’orgueil. Elle est fière de savoir vivre dans l’eau et hors de l’eau. Et la crainte inconsciente, donc inavouée, de cette nation est que les humains apprennent que parmi les grenouilles certaines sont terrifiées à l’idée de nager. Si cela se savait alors la nation entière serait en péril. Il ne me restait qu’un seule solution et c’est à partir de cette dernière que j’élaborai le canevas de mon évasion. Moi la frêle petite grenouille surnommée Nouille la grenouille je passai à l’action dès le lendemain matin. Ce fut le début de mon entraînement intensif. Personne ne m’avait jamais vu à pareille fête. Je voulais devenir forte et prendre mon envol. Chaque jour pendant des heures je courrai autour du nénuphar, j’avalai les kilomètres afin de parfaire mon développement musculaire. L’on me regardait interloqué. Nouille la grenouille dont la vie austère imitait celle de l’ermite était-elle devenue folle ? Mes exploits sportifs animaient les conversations de comptoir. Ma discipline de prédilection devint le saut en hauteur. Je me fixai des limites imaginaires que je dépassai jour après jour. Et déjà dans ma tête je n’étais plus Nouille la grenouille mais Frogbury. Pendant des mois je consacrai mon entière énergie à parfaire mes cuisses. Je les voulais dures comme le roc et épaisses comme la couche de connerie qui régnait sur le nénuphar. Bravant les intempéries je ne cessai jamais d’améliorer mes techniques de saut. Le nénuphar était devenu mon stade et j’étais postulant au titre de champion olympique. Déjà, je ne craignais plus mes congénères. Et eux, je les voyais admirer ma musculature de rêve. Ils n’osaient plus se moquer moi. Bien évidemment ma crainte de l’eau demeurait intacte mais je me sentais enfin apte à prendre ma vie en main. Et puis vint le jour où je m’estimai au top. Ce jour, c’était hier. Je n’avais pas le droit à l’erreur. Un seul saut. Et il se devait d’être parfait tant dans la course d’élan que dans l’accélération ou encore dans la fluidité du mouvement. Je toisai d’un ultime regard ces grenouilles qui m’avaient repoussées pendant toutes ces années et me jetai à l’eau. Enfin façon de parler... Je respirai profondément et Lui adressai une prière en pensée. Et oui j’avais beau avoir confiance en mes capacités, là il s’agissait tout de même d’exploser la perf de Bob Beamon. Alors un appel à l’aide divine, pourquoi pas ? et je m’envolai. Dans les airs mon passage fut bref mais pour moi il dura une éternité. Je découvris l’étang qui m’avait retenu prisonnière sous un angle inédit et avec une impression de plénitude. La phase de réception était celle que j’avais le moins étudiée. Pour autant elle se déroula parfaitement. Je retombai avec grâce et sans me blesser. A ce moment j’aurais aimé me laisser submerger par la satisfaction de ma réussite, me laisser envahir du bonheur d’avoir enfin gagner ce rivage que je lorgnais depuis des années mais...Un molosse en décida autrement. C’était l’un des vôtres. Ni chien, ni chauve-souris non c’était un homme. Impressionnant par sa taille et la brutalité qui en émanait il me souleva et me porta à hauteur de sa figure. Deux secondes que j’étais sur la Terre des hommes et déjà j’étais captive. Grand sourire innocent affiché et yeux pétillants il m’examina et déclama « Ben ça alors ! C’est un sacré cadeau ! Comme tu as de belles cuisses petite grenouille ! Merci Seigneur j’avais grand faim. » Sur ce, il accentua son emprise sur mon corps qui essayait vainement de s’échapper et m’introduisit dans sa gueule affamée. Mes magnifiques cuisses dévorées il me recracha et prit la poudre d’escampette. et c’est là que vous intervenez…


Il y eut comme un malaise après que Nouille la grenouille eut terminé le récit de ses aventures. Et cette sensation pénible se prolongea sans que personne n’y puisse y faire. Aucun d’entre nous ne semblait avoir les mots pour la réconforter. Alors on laissa le temps s’égrener jusqu’à ce qu’elle reprenne la parole.


- Vous savez ce n’est pas tant à l’homme que j’en veux mais à son Père. Alors c’est plutôt bien que l’on se rende chez Dieu car moi j’ai deux trois mots à lui dire. Ah oui c’est sur c’est sympa d’avoir exaucer mon vœu. Merci je l’ai bien réussi mon saut mais je ne pensais pas le payer aussi cher. Vous voyez depuis que je suis grenouille, Dieu n’a fait que de me saloper l’existence. Alors oui, menez moi à lui.


- Nous approchons petite grenouille, lui répondis-je, et je crois qu’Il va devoir s’expliquer de pas mal de choses.


Ainsi nous poursuivîmes notre route. Je connaissais maintenant les histoires mouvementées de chacun des membres du groupe et chacune m’émouvait à sa façon. Et tandis que le soleil déclinant annonçait la fin de cette singulière journée je savais que pour nous elle promettait d’être encore longue. Elle se poursuivrait probablement jusque tard dans la nuit. Car aucun de nous ne gagnerait le repos tant que ses plaintes n’auraient pas été entendues. Toutes ces vies gâchées en avaient gros sur la patate. Moi je me disais que la lumière attendait au bout de notre chemin. Pieusement je me rattachais à cette idée. L’illumination escomptée changerait nos lendemains. Les mauvais moments n’existent que pour permettre aux bons de se valoriser.



... to be continued

la suite sera en ligne mercredi 29 août